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GAZETTE
DU
BON TON
ART, MODES
&
FRIVOLITÉS
LUCIEN VOGEL, Directeur
1Q22
Tome II
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Paris
LES PUBLICATIONS LUCIEN VOGEL
11, Rue Saint-Florentin, 11
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GAZETTE
DU
BON TON
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TABLE DES MATIERES
DEUXIEME SEMESTRE
(Juillet à Décembre 1922)
0
TABLE DES ARTICLES
Pages
ANECDOTES ROMANTIQUES Edmond JALOUX 165
Dessins d'Erik SIMON
ARRANGEMENTS DE COIFFURES CELIO 305
Dessins de ZINOVJEW
ARMORIAL DES ÉCRIVAINS FRANÇAIS . . Jean de BONNEFON 177,273
Dessins de Joubert de BUSSY
AUTOMNE OU LA CHASSE DANS LES BOIS
dessin de Pierre MOURGUE 224
AVIATION (L') . dessin de Pierre MOURGUE 296
BACCARA Gérard BAUER 197
Dessins de Roger GHASTEL
BAIN DES ENFANTS (Le) Georges Armand MASSON 221
Dessins d'Helen SMITH
BOIS DANS LA MODE (Le) CAYLUS 277
Dessins de Pierre MOURGUE
CANTINES D'AUTO CELIO 269
Dessins de Ch. MARTIN
CHAPEAUX PLIANTS (Les). VAUDREUIL 265
Dessins de MARIO SIMON
I
/s
Pages
CLAIRS DE LUNE ET DÉJEUNERS DE SOLEIL
Dessins de MARIO SIMON Jean LABUSQUIÈRE 1 85
COQUETTERIE FÉMININE George CECIL 261
Dessins de Gh. MARTIN
EN MER, OU COSTUMES ORIGINAUX ET PRATIQUES POUR
FAIRE DU YATCH, DU BATEAU A VOILE, L'ÉTÉ, SUR
LA MER Emile HENRIOT 173
Dessins de BÉNITO
FEMME TRIOMPHANTE (La) George CECIL 341
Dessins de Gh. MARTIN
FÊTES DANS LE CIEL. — IMPRESSIONS NAPOLITAINES
Dessins de Gh. MARTIN George BARBIER 297
FICHUS (Les) SIKI 237
Dessins de Pierre MOURGUE
FLACONS ......;», Dessins de MARIO SIMON 293
GOLF (Le) Dessin de Pierre MOURGUE 268
GORGERETTES (Les) . ... . Robert BURNAND 289
Dessins de Ch. MARTIN
HOMME DU SOIR (L') dessin de BÉNITO 308
MODE AU MATCH (La) Gerard BAUER 285
Dessins de Pierre MOURGUE
MODE ET LE BON TON (La) .... Jeanne RAMON FERNANDEZ 194, 226
NÉCESSAIRES (Les) Robm LINZELER
Dessins de Georges LEPAPE
NEMROD OU LE DÉPART POUR LA CHASSE
Dessin de Pierre MOURGUE 252
OISEAUX BLANCS (Les) VAUDREUIL 50,
Dessins de BENITO
PETIT A PROPOS EN PROSE SUR DES TISSUS . . . VAUDREUIL 213
Dessins de Pierre MOURGUE
POUDRE ET LES BALS (La) ... rin m
Dessins de MARIO SIMON ....... Oli^lU 235
POUR CENDRILLON j ■
UUN dessins de MARIO SIMON 249
PYJAMAS D'ENFANTS /-
Dessins d'Helen SMITH ' V ' ^^ BERCKMANS 18.
Pages
ROBES ASYMÉTRIQUES Georges Armand MASSON 257
Dessins de BÉNITO
ROBES-PAGNES (Les) VAUDREUIL 169
Dessins d'André MARTY
RUISSEOLA CLOKY, OU VESTES ET MANTEAUX COMBINÉS
DANS DES TISSUS NOUVEAUX CELIO 201
Dessins de SIMÉON
SOIRÉE AU THÉÂTRE (La) dessin de Pierre MOU RGUE 280
STATUES D'OR (Les) George Armand MASSON 229
Dessins de BÉNITO
SURPRISES DE l 'OPÉRA (Les). — LETTRE D'UNE PERSONNE
DE QUALITÉ A UNE AMIE HABITANT GRENOBLE
Dessins d'André MARTY Vicomtesse de SYGOGNES 209
TON DE PARIS (Le) George BARBIER 189
Dessins de Ch. MARTIN
VARIATION SUR DES RUINES. — POMPÉI . . . George BARBIER 217
Dessins de Ch. MARTIN
VELOURS ET LAMÉ ." VAUDREUIL 245
Dessins de George BARBIER
&G4Q&
TABLE DES PLANCHES HORS -TEXTE
Nos Planches
AMALFI. — George Barbier 7 54
"AU REVOIR, MON AMOUR . . . ". — Bénito 9 67
BANCO. — Pierre Mourgue 7 4g
BELLE AFFLIGÉE (La). — André Marty 8 59
CALINE (La). — André Marty 6 43
CAPE ADMIRABLE (La). — Georges Lepape g 64
CENDRE DE LA CIGARETTE (La). — André Marty 10 77
CINQ SENS (Les). — L'ODORAT. — Pierre Mourgue 7 53
LE GOUT. — Pierre Mourgue . 8 56
DEUX COUPS DE CHAPEAU. — Pierre Mourgue 9 68
ENFANT A LA GRENADE (L'). — André Marty . 8 61
ENTREVUE MATINALE (L'). — Georges Lepape 6 46
ESPÉREZ. — George Barbier 6 48
ÉTÉ (L'). — Ch. Martin 6 41
ET D'UNE! — Pierre Brissaud . . 7 50
GLACE (LA) ou UN COUP D'ŒIL EN PASSANT. — André Marty 6 47
"LAISSE -LE MOI PRENDRE . . ."...— André Marty 1Q 73
LONGCHAMP. — Bénito 6 44
" NEUF HEURES ! ... IL FAUT QUE JE RENTRE DINER ..."
Pierre Brissaud 8 57
NID DE PINSONS (Le). — André Marty 6 45
ON SE REVERRA, J'ESPÈRE . . .". — Bénito 8 58
PAUVRES PETITES BÊTES " ou LE VOYAGE SENTIMENTAL.
Bénito 10 74
PORTRAIT DE MME y. R. ET DE SA FILLE. — Ch. Martin ... 9 69
PROMENEUSE MÉLANCOLIQUE (La) . — George Barbier ....... 8 63
ROSALINDE. — George Barbier 10 75
ROSE DU JARDIN (La). — Ch. Martin 7 55
SORTILÈGES. — George Barbier 9 66
SUZANNE ET LE PACIFIQUE. — Siméon . 6 42
y
C4
U
Nos pianches
SYMPHONIE AUTOMNALE. ~ George Barbier g ?l
"TANT DE CHAGRIN ..." ou L'INFIDÈLE.— Bénito g g5
TÊTE A TÊTE. — Pierre Brissaud 10 ?2
UNE CAPE DE MADELEINE VIONNET. — Thayaht i0 76
UN MANTEAU DE MADELEINE VIONNET. — Thayaht 9 ?0
UNE ROBE DE MADELEINE VIONNET. — Thayaht 8 62
UNE ROBE DE MARTIAL ET ARMAND. - Georges Lepape ... ; 7 52
VACANCES AU CHATEAU (Les). — Bénito 7 5l
VESPER. — George Barbier 8 60
TABLE DES PAGES DE CROQUIS
Nos
OU VA LA MODE ? 6
LE MANTEAU COURT, EN FOURRURE ET EN CUIR 7
LES LIGNES GÉOMÉTRIQUES DANS LA MODE
CRAVATES DE CHASSE, RRACELETS-MONTRES, LE SAC A MAIN,
BRIQUETS AUTOMATIQUES, MANCHES DE PARAPLUIE, PEIGNES,
LES GANTS, LISEUSES ET BONNETS 8
LES MANTEAUX DU SOIR, EN FOURRURE ET EN SOIERIE
COMBINÉES
JARRETIÈRES ET JARRETELLES, ÉVENTAILS, LE SOULIER,
LE BOUTON, LES CANNES POUR DAMES, LA PLUME DE BASSE
COUR, LES BOUCLES D'OREILLES, LA FLEUR ARTIFICIELLE 9
ROBES ET TAILLEURS INSPIRÉS D'UNIFORMES DE DIVERS
ORDRES RELIGIEUX
L'OMBRELLE, VEILLEUSES ÉLECTRIQUES, LA VOILETTE,
L'HEURE, CRAVATES POUR HOMMES, LES MIROIRS, LE
SOULIER, LE MOUCHOIR 10
S/AfOJV
Ù E GOETHE
ANECDOTES ROMANTIQUES
LE 10 juin 1923, il y aura un an que, pour la première fois, Eckermann
pénétra dans la maison de Goethe et, frémissant d'émotion, commença de
noter sur un journal intime les propos de son idole.
Il se présenta à midi. Un domestique l'attendait. Des moulages de
statues grecques qui décoraient l'escalier évoquèrent à ses yeux la passion
de son maître pour l'art antique. Nous pouvons supposer que c'étaient là
de médiocres reproductions de sculptures à demi décadentes et de tumul-
tueux plâtres romains. Mais ils subjuguèrent le faible Eckermann. De
nombreuses femmes passaient et repassaient dans la maison. (Il ne nous dit
pas si elles étaient jolies.) Eckermann fut introduit dans une pièce fraîche,
qui avait un canapé et des chaises rouges, un piano et beaucoup de tableaux.
Quelqu'un entra, en redingote bleue et en souliers; il avait un visage brun
et plein, majestueux, travaillé de replis profonds, où Ton lisait la loyauté,
le calme, la maîtrise de soi-même. Il s'exprimait avec une royale lenteur.
— - Je sors d'avec vous, dit-il, toute la matinée, j'ai lu votre écrit, il
n'a besoin d'aucune recommandation; il se recommande de soi-même.
C'était Goethe.
i65
Copyright July 1922, by Lucien Vogel, Parié
Mais tous les visiteurs que recevait Fauteur de Faudt ne se présen-
taient pas aussi cérémonieusement. En mars 1807, Bettina Brentano, la
sœur du poète Clément Brentano, qui devait épouser le romancier Achim
d'Arnim, ayant un culte pour Goethe, résolut de se rendre à Weimar.
Mais on était en pleine occupation française, il fallait traverser les armées.
Que fait Bettina? Elle commande une redingote, un gilet, des pantalons
d'homme. Elle part avec sa sœur et son beau-frère. Elle a un bonnet de
peau de renard, un pistolet à la main, un sabre au côté. Elle aide, à chaque
relais, les palefreniers à dételer, à atteler les chevaux. Elle a vingt ans et
elle est charmante. Elle arrive à Weimar.
— Pauvre enfant I lui dit Gœthe en la voyant, vous ai-je fait peur?
Il lui parle de la mort de la duchesse Amélie de Saxe -Weimar. La
conversation languit.
— Je ne puis rester sur ce canapé, dit Bettina impétueusement.
— Eh bien, faites ce qui vous plaira, répond Gœthe.
« Je me jetai à son cou, écrivait Bettina le lendemain, et lui m'attira
sur ses genoux et me serra contre son cœur. Tout devint silencieux, tout
s'évanouit. Des années s'étaient écoulées dans l'attente de le voir; il y avait
longtemps que je n'avais dormi. Je m'endormis sur son cœur, et quand je
me réveillai, une nouvelle existence commençait pour moi. »
Nous ne saurons jamais ce qu'était l'amour pour les romantiques allemands.
Tant de siècles ont passé depuis cent ans que le secret de leurs sentiments
l66
alambiqués et contradictoires est perdu pour nous ! Quand il habitait
Stof, Jean- Paul Richter était amoureux à la fois de cinq jeunes filles :
Caroline Schlôder, Amône Herold, Frédérique Otto, Hélène Wernlein et
Renée Wlrth. Il leur écrivait à toutes des lettres également passionnées et
également sincères. Mais à bien d'autres aussi, il envoyait des missives aussi
tendres; voici la fin de Tune d'elles, dédiée à. une jeune fille qui allait
se marier :
«O céleste St..., maintenant je puis t'avouer dans ton lit nuptial que
j'étais amoureux de toi. Comme je voudrais que tu puisses te marier sans
époux î Je te souhaite tout dans ce mariage, — excepté ton époux, je te souhaite
tout ce qu'il peut avoir de bon, — excepté sa durée 1 »
Il est vrai que cette céleste St..., Jean-Paul Richter ne l'a jamais vue 1
A Berlin, il est reçu triomphalement par toutes les femmes, depuis la
reine de Prusse jusqu'aux actrices. A toutes, il distribue généreusement de
ses cheveux. (Ce qui est admirable, car il n'en avait plus beaucoup!) Mais
en revanche, il emporte quelques-uns des leurs !
Il n'était point beau, mais fort grand et fort pâle. Il levait le plus souvent
les yeux au plafond, comme font les chats quand ils font semblant de ne pas
comprendre ce qu'on leur dit. Il avait le cou et le haut de la poitrine nus ;
ses cheveux blonds, rares sur le front, mais encore longs par derrière,
tombaient librement sur ses épaules.
C'est ainsi qu'il faut se le représenter à Gotha, passant une soirée déli-
cieuse avec une de ses amies, la comtesse Schlaberndorf ; il était assis avec elle
167
sur un sopha; et cette jeune femme le tenait d'une main, tandis que de son
bras droit, elle serrait sa fille sur son cœur. Cette image-là, c'est peut-être
le romantisme allemand, tout entier, dans sa complexité et dans son comique
profond.
Il faudrait raconter aussi le suicide de Caroline de Giinderode, jeune
fille amoureuse d'un intellectuel prétentieux et sans cœur, Creuzer. A bout
de passion et de désespoir, elle se poignarda, par un beau crépuscule, au
bord d'un lac. Creuzer la regretta beaucoup, bien entendu; car il est, en
général, plus facile de regretter une femme que de l'aimer. Puis devenu veuf
de sa première femme, qui gavait, elle aussi, perdu un premier mari, il
épousa une seconde veuve ; et il lui dit un jour de romantique confiance :
« Quand, après la mort, nous serons réunis, toi et ma première femme,
vous irez rejoindre votre premier mari ; mais moi, j'irai rejoindre la Giinderode !»
4e 4*
Il faudrait raconter aussi certain extraordinaire voyage que fit Ludwig
Tieck avec Elisa de Recke, la sœur de la duchesse de Courlande. Elle
entendait rester pure, mais Tieck l'adorait. Alors elle emmenait avec elle
une femme de chambre ravissante et qui lui ressemblait. . . Et Tieck, à chaque
relais, revenait à elle, toujours enthousiaste, toujours épris et poétique,
mais moins pressant I
Edmond Jaloux.
LES
ROBES PAGNES
J'ai aimé une reine, une reine d'Egypte, dans les temps de
l'antiquité, elle en palanquin porté par des esclaves, moi,
obscur, confondu dans la foule prosternée des peuples pressés
sur les pas des porteurs de sa litière. Nitocris, qu'elle
s'appelait. Elle était la plus belle des femmes de son temps,
blonde avec le teint rose. Quand elle se faisait porter, la
chaleur tombée, le soir et sous la brise des chasse-mouches,
sur les chantiers de construction des monuments absurdes
élevés par une multitude de misérables à la gloire de son
règne, il n'y avait pas de princesse plus exquise. Elle se
noya dans le Nil en faisant arriver, pour plus de commodité,
par des travaux d'art ce fleuve dans sa chambre. Ces reines
d'Egypte, avec Cléopâtre, il n'y en avait pas deux comme
elles pour mettre de l'originalité dans le suicide.
Amant d'une si grande princesse, j'étais officier de sa
maison, attaché à la personne royale ; le soir, je me couchais
en travers de la porte de son appartement; et puis, quand
tout était endormi dans le palais, je ne perdais pas une
169
minute et je venais achever la nuit
auprès de la reine.
Je rappelle ce souvenir déjà ancien
non par vanité, certes, mais ce sont les
pagnes qui m'y font penser, car ce
vêtement était d'uniforme dans la garde
de la reine : une petite étoffe autour
des reins et il ne fallait rien de plus, la
charmante souveraine aimait les hommes
bien faits et choisissait les plus beaux
Egyptiens. D'ailleurs, égalitairement,
elle élevait à tour de rôle au grade
de capitaine de sa garde chacun des
hommes qui la composaient. Et c'était
précisément le capitaine des gardes qui
couchait la nuit en travers de la porte
de la reine, c'est-à-dire dans son lit.
La civilisation de l'Egypte avait
atteint, de toute antiquité, un grand
raffinement. De sages institutions,
comme ces gardes du corps, conciliaient
les appétits de la monarchie avec le
contentement des peuples, attachaient à
la couronne par les plus doux liens
l'armée soutien naturel du trône.
Rien ne nous rendra des tableaux si
magnanimes : la garde de Nitocris sous
le soleil de là-bas et de ce
temps-là, les colonnes de
bronze des jambes alignées
et les poitrines de cuivre
d?
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<?<?
3
&
<?
?'
^
J
?
1?
y
?
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rouge, bombées, passées en revue du
haut de son palanquin par la plus capri-
cieuse des princesses... Non loin, le Nil
emportant parmi le pullulement des
crocodiles, animaux sacrés, la barque
de l'Kgyptien; un vol d'ibis roses
s'abattant sur les rives; vers le désert,
patientes fourmis occupées à monter le
long d'une pente artificielle des pierres
de taille d'une éclatante blancheur, les
peuples captifs bâtissant sous le fouet
des gardiens la troisième pyramide.
Époques formidables à jamais ense-
velies dans la boue du vieux Nil,
époques mortes... Kn ce qui touche
notre sujet particulier ici : les pagnes,
on ne pourra pas compter, de toutes
façons, de les voir revenir à la mode
d'une manière aussi intégrale qu'à
Bubaste et Sais, du temps que j'étais
capitaine des gardes, et vêtu avec une
si agréable légèreté. On doit songer
seulement à donner à des vraies robes
d'aujourd'hui le mouvement caractéris-
tique du pagne et c'est tout ce que l'on
peut faire tant que dure l'état présent
des mœurs. D'ailleurs, ça ne sera pas
laid du tout, des robes
serrées à la hauteur
où l'on s'asseoit. On
remarque que c'est une
¥
<p
P
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?
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mode parfaitement logique amenée par la querelle des tailles
basses et des tailles hautes, où par un curieux retour ce sont
les tailles basses qui ont le dessus.
La robe-pagne finit le débat en donnant à la même robe
deux tailles, une haute et une basse, toutes les deux en même
temps, ce qui est une solution bonne, et la meilleure de toutes,
faisant plaisir à tout un chacun.
de Vaudreuil.
172
OU COSTUMES ORI-
GINAUX ET PRATIQUES
POUR FAIRE DU YACHT,
DU BATEAU A VOILE,
L'ÉTÉ, SUR LA MER.
?rxyu<£fe-
TE me souviens d'un voyage
délicieux, avant la guerre, natu-
rellement (je vous dis qu'il était déli-
cieux).-. Il va même y avoir neuf
ans, comme le temps passe ! Mais
je sais bien pourquoi ce voyage
est si charmant dans le souvenir :
il fut comme tous les voyages devraient être, quelque chose
d'agréable en soi, pour le plaisir du changement, au gré du
vent et de l'aventure, sans itinéraire précis. Du moins si, on
l'avait prévu cet itinéraire. Nous devions partir de Marseille,
toucher Alger et revenir par la Sicile. A la joie promise, le
hasard, ce dieu des voyages, en substitua une bien plus belle :
qui est de faire tout autre chose que ce qu'on s'était proposé.
De sorte qu'ayant imaginé l'Afrique, Agrigente, Palerme, et
beaucoup joui par la pensée préalable de ces illustres endroits,
nous eûmes le plaisir de voir ce que nous n'attendions pas, la
Corse, par exemple, et Majorque. Majorque est une île jaune,
torride, avec de très fraîches ruelles, où toute une famille de
i73
danseuses vint égayer, le soir, notre
navire. Je me souviens aussi d'un très
agréable anu del mono coupé d'eau glacée,
à Palma, dans une cour d'auberge où
chantait une fontaine invisible. Celui
qui nous en régala paya les huit ou dix
verres d'un louis d'or : on lui rendit avec
beaucoup de remerciements trente-deux
pesetas de monnaie. Ces temps-là ne
reviendront plus...
JVlais ce qui peut revenir encore,
c'est un voyage de la sorte, où l'on part
sans savoir pour où, où l'on
va poussé par le vent, où l'on
aborde à l'aveuglette un pays
qu'on n'a pas choisi. C'est
l'avantage de la mer. Le plai-
sir commence au moment
même qu'on la touche. On n'a
même pas besoin de choisir sa destination : le capi-
taine est là pour ça. Vous, vous n'avez qu'à bien
trier vos compagnons de promenade. Si jamais je
recommence un tel voyage, je sais bien ceux que je
voudrais : des amis qui n'aient pas le cœur trop
sensible, mais contents de tout, de jolies dames
capables de rêver longuement, le soir, et de se taire
sans nommer Pascal, devant l'infini du ciel et des
flots, un aimable conteur d'anecdotes, un autre qui
sache le nom des étoiles, et la nuit, sur le pont,
nous puisse faire de beaux cours d'astronomie,
sans toutefois en abuser. Et, bien sûr, on n'oublie-
^mt^çmrtm
rait pas le spécialiste de la T. S. F.
C'est si amusant quand on est perdu
sur les eaux de ne plus rien savoir du
monde, et, sans souci des contingences,
de recueillir seulement dans la solitude,
sans nulle voile et nul panache de fumée
à l'horizon, les nouvelles que lancent
à l'espace, du bout de leurs fines
antennes, les mille navires invisibles
poursuivant leur route marine...
Le grand plaisir de la vie à bord
est d'une extrême liberté. Il y faut un
bar, avec la brillante nickel-
lerie nécessaire à la confec-
tion des cocktails, un barman
savant et des bouteilles de
Champagne en quantité suffi-
sante pour pouvoir amuser
les dames : on en jette une
(bouteille) par-dessus bord, de temps à autre : à une
certaine profondeur, elle éclate avec un bruit sourd,
à cause de la pression. — Il y a naturellement un
jazz, pour faire danser, sur le pont, si la mer est
calme. — Le principe sage est de laisser chacun
faire ce qu'il veut, fût-ce de rester seul, accoudé
longtemps sur le bastingage, à suivre les évolutions
des mouettes ou les ébats comiques des dauphins
amis des navires, qui suivent le vôtre dans son
sillage.
Recommandation pour les dames: être vêtues
de telle sorte qu'elles n'aient pas peur d'être
*\
mouillées. Car on tombe à l'eau quelquefois : voyez Virginie.
La pudeur fut cause de sa mort ; elle n'avait point voulu
quitter ses habits et préféra d'être engloutie plutôt que sau-
vée toute nue. Elle ne savait pas nager. Avis aux têtes folles
qui aiment les petits bateaux.
Autres avis très importants : habillez-vous comme vous
voudrez, en mousse, en midship, en gondolier, en barcarol, en
scaphandrier, mais laissez le pilote tranquille. C'est un homme
sérieux qu'il est bon de ne pas jeter inconsidérément dans le
trouble, faute de quoi, un faux coup de barre, et vous voilà
chez les crevettes. Et puis, si l'eau commence à remuer, que
vous vous sentiez un peu vague, n'insistez pas, allez vous
coucher. Il ne suffit que d'une minute pour être pleinement
ridicule.
Emile Henriot.
176
itf
SAINT-SIMON
ARMORIAL
DES ECRIVAINS FRANÇAIS
•g— ' =8'
LES GRANDS SEIGNEURS ET LES ENVIRONS
ES beaux noms français sont parfois devenus de grands noms littéraires,
quand ils se sont inscrits sur les couvertures des livres. .Plus souvent, des
personnages illustres par leurs actions ou par leur sang se sont montrés petits
dans 1 art de 1 écriture.
Laissons La Rochefoucauld frappé par le triple isolement de la misan-
thropie, du génie et de la gloire : nous trouvons des grands seigneurs infiniment
variés dans la qualité au talent. .Mais tous diffèrent du commun des littérateurs
en ce qu'ils ne laissent pas "d'école". La dilatation de leur "moi n encourage
pas la formation du cortège imbécile, qui est celui des disciples.
Les écrivains couronnés échappent ainsi au triomphe lacile de 1 imitation.
Ils ont quelque chose de particulier dans leurs motils d écrire et gardent
la hauteur d isolement dans le style, comme dans la destinée.
Un nom parmi les grands fait équation de génie avec les plus célèbres
d entre les gens de métier : iSaint-Simon I Le terrible duc, le duc des JMémoires
qui tenait plus à son duclié de i(>35 et à 1 antiquité, d'ailleurs douteuse, de sa
177
LIGNE
MIRABEAb
maison qu a toutes les œuvres écrites, portait aux 1 et
4 de sable, à la croix d argent, ckargée de cinq coquilles
de gueules; aux a et 3 éckiquetés d or et d azur; au
ckef d azur ckargé de trois Heurs de lis a or .11 avait en
cimier cette forme de génie, cette originalité Lissante,
par quoi un nomme fixe sur son écu et sur sa tête le rayon de 1 immortalité.
La Cour de France a été le ckamp merveilleux où Saint-Simon a enfoncé
1 acier de sa naine. Arrackant la monarckie par la racine, desséchant le Roi par
la tête, couckant dans la terre la brékaigne jMaintenon, 1 écrivain a la force du
talent, de 1 invention et de 1 imagination jusqu à la calomnie. Ces pages de
reportage séculaire vivent par la couleur étendue sur le ckamp dévasté, par cet
art de peindre, qui est tout. .Les tons brusques et violents éclatent sur le ciel
lavé, déteint et pluvieux des classiques.
Peintre de son temps, Saint-Simon reste de tous les temps et précurseur
des "modernes et des luturs.
L autre grand seigneur qui, longtemps après Saint-Simon, a été le plus
loin dans 1 art de 1 esprit Irançais... n est pas né Français. -Mais il a pris la
grande naturalisation à toutes nos sources de clarté irisée : le prince de Ligne est
le plus spirituel, parmi ceux qui ont créé un style vivant et mouvant avec âcs
Libertés dans la grammaire et des audaces dans le mot. Il se montre jusqu'au fond
1 être atteint de * noblesse , maladie dont 1 kumanité s'est guérie par les révo-
lutions, pour prendre en ce bain rouge d autres maux moins jolis. Ligne, cnargé
de duckés, de principautés, de comtés portait les armes les plus simples, donc les
plus belles : a or à la bande de gueules.
Cet esprit allumé sur les ruines fait contraste avec un autre flambeau
incertain du même temps. Riquet ou Riquetti de
JVLirabeau, gentilkomme de Provence, marquis de ±685
lut grand seigneur dans la laideur, dans les passions et
dans le culte voué à une reine. Ses armes étaient "d azur
à la bande d or, accompagnée en ckef d'une demi-fleur
VAVVENARGVES
178
BR0GL1E
LEVIS
AUDIFFRET-PASQUIER
de lis du même et en pointe de trois roses d argent
rangées en demi-orle.
Cette longue était alliée par le sang à un de ses
prédécesseurs dans les lettres : V auvenargues. A. côté de
l'orgueilleuse et vilaine huppe de 1 orateur, la ligure de V auvenargues laide à
effrayer les enfants paraît douce et charmante, avec la latuité de ses tristesses
et de ses dégoûts. Ce marquis de 173 2 dont la maison est éteinte, portait des
armes si belles qu elles ont 1 air d être léodales : ' lascé d azur et d argent.
+ *
Les JBroglie, ducs et princes, montés au plus haut, de la plus basse origine,
ont donné des gens de lettres à toutes les générations. Ces œuvres d histoire sont
égales par leur dégagement d ennui. Ce ne sont pas leurs écrits mais leurs vies
qui donnent aux curieux des tentations de volupté. Tous les Broglie sont dignes
de cet éloge qu une femme d esprit décernait à un académicien de ce nom :
"Le duc de Broglie entre à 1 Académie entre deux virgules.
Leurs armes, "d'or au sautoir ancré d azur peuvent se placer à côté de
celles des Levis-jMirepoix, plus nobles mais plus lassant encore dans 1 ombre
de leur écu, "d'or à trois chevrons de sable . Ils ont fait des livres sur leur
imaginaire alliance avec la Vierge Marie. Ils ont une réelle parenté avec cette
gracieuse jMLUe de Levis qui a écrit un roman, sous ce titre : La lampe hle.
Cependant un Levis a laissé de profondes 'Pensées * jMais il est au ban
de la lamille.
Pour trouver une littérature plus ducalement efiacée que celle des Levis,
il faut aller dans la cave au duc d' Audiffret-Pasquier. Il fut de 1 Académie.
M.ais aucun de ses collègues ne connut les titres de ses m
ouvrages. Le titre de duc est plus connu. Il ne se perd
que dans la nuit du temps de Louis-Philippe. L entor-
tillement des armoiries est de trop longue lecture.
Il suffit â'en voir 1 image.
PIMODAN
179
MONTESQUIOU
Duc encore, M., de Pimodan, duc du pape par 1 kéroïque fin du général!
Les vers du Êls ne valent pas la mort du père. Quant au titre romain porté
par ces excellents Français, il a été reconnu... en Bavière, entre 1870 et 1914.
Un enfant a racketé les mauvais vers et les méchants parckemins en tombant
avec gloire pour la France dans la grande guerre.
Les armes sont " d argent à cinq couronnes de feuillage de gueules s entre-
touckant, accompagnées de quatre mouckes d kermine de sable.
Des Pimodan, remontons à jMontesquiou. Robert de JMontesquiou a
donné un éclat viager à une brancke de cette illustre maison qui porte 'dor à
deux tourteaux de gueules, 1 un sur 1 autre.
Assis à I écart du monde qui était le sien, Robert de JMontesquiou eut la
méckanceté ouatée d une douairière. iSon insolence était tempérée par la peur
des coups. Il ignorait la sincérité dans la sensibilité. JVtais parfois il montait à
la grâce par la reckercke de 1 impertinence. Il est mort en 1931, déjà oublié
n étant plus détesté, semblable ainsi à ces V ogue, dont nul ne sut quel était
1 écrivain, quel était 1 ambassadeur. Car les deux lurent obscurs dans les académies,
sous leur paradoxal écu : d azur au coq ckantant d or, crété, barbé (ou
barbant) de gueules.
+ 4*
Après Vogue il n y a plus rien. JMais avant les académiciens des siècles
dix-neuvième et vingtième il y eut le marquis de Sade. Ce très grand seigneur a
laissé un& réputation mauvaise dans le monde, et 1 adjectil * sadique dans la
langue française . L>es livres ont tous les vices, y compris celui d être illisibles et
mal écrits, dans un siècle où tout le monde écrivait agréablement. La gloire des
Oade est moins dans leur littérateur que dans le souvenir de leur aïeule Laure,
muse de Pétrarque. La pureté étoilée de 1 une, 1 imagi-
nation boueuse de 1 autre portaient également, "de gueules
à 1 étoile d or, ckargée d uno. aigle de sable.
I el est le bouquet des Heurs mortes, au jardin de
r
ancienne société.
VOGUE
Jean de BONNEFON.
18c
SADE
il mmàmm lui
PYJAMAS
D'ENFAN
T A nuit est le domaine des petits enfants; pour eux, la veille
encore, elle était la seule patrie. Dans leurs premiers
sommeils, peut-être revoient-ils les univers lointains d'où ils
nous sont venus, étrangers confiants ayant élu le seuil de nos
demeures pour y connaître le prélude de leurs existences
terrestres.
Aujourd'hui j'ai joué à la maman avec le tout petit être
qui m'a été confié, pour quelques heures, par des amis. Sans
181
doute ai~je été fort maladroite en
ce rôle nouveau, tant la fragilité de
ce petit paquet blanc et rose m'émeut.
Pendant la cérémonie du bain,
je l'ai manié avec mille précautions,
comme un objet délicat et précieux
que l'on craindrait de briser; il me
semblait aussi que mes doigts auraient
pu s'empreindre dans ses chairs
tendres et les déformer comme une
cire molle.
Serait-ce la conscience de leur
fragilité qui rend les nouveau-nés
si confiants ? Sentent-ils que nul
n'aurait la cruauté de faire souffrir des créatures
désarmées ?
aussi
*
"Mon fils dort et je l'admire; il dort avec ardeur, il dort
avec application ; depuis les
bouclettes de ses cheveux, si
fins qu'ils font songer à un du-
vet d'oiseau, jusqu'aux ongles
nacrés de ses orteils minuscules,
tout en lui s'abandonne au
sommeil.
Au matin, quand il
s'éveillera, il me regardera
avec des yeux étonnés et pro-
fonds semblant hésiter entre
182
les souvenirs du rêve d'autrefois et les réalités encore peu
familières de la vie. "
Avez-vous remarqué combien les tout petits enfants
déploient d'énergie dans tous leurs actes?
Leurs repas, c'est avec avidité qu'ils les
prennent; le lait, pour eux, c'est de la vie
qu'ils avalent; ils la réclament et l'assi-
milent par tous leurs pores. Ils sont sans
répit à l'affût des nouvelles choses qu'il
faut apprendre et connaître; ils écoutent
autant avec leurs yeux qu'avec leurs
oreilles ; ils aiment à voir autant avec les
doigts qu'avec les yeux. Et, comme rien
ne leur paraît inaccessible, depuis qu'il y
a des petits enfants ils ont convoité la
lune qui est un bel objet rond et luisant
et se balance à l'horizon de façon très
tentante.
Tout est merveilleux aux yeux de l'enfance. Un jardin,
quel univers! les insectes aux pattes alertes, aux ailes bril-
lantes ; la terre
qui craque sous
les pas ; les pâ-
querettes qu'il
est permis
de cueillir ;
d'autres fleurs,
belles et parfumées, qu'il faut contempler avec respect; les
moineaux qui piaillent en voltigeant et parfois sont si proches
qu'il serait aisé de les toucher... si soudain ils ne s'effarou-
chaient; le papillon mort qui ne remue plus — pourquoi?
Et la première merveille c'est, au début, se mouvoir à
travers ce vaste monde sur des jambes très potelées et
malhabiles encore. Quelle ivresse laborieuse, quelle bonne
volonté touchante ! Voyez les tout petits enfants tentant leurs
premiers pas : ils ne rient pas, oh non ! Ils attachent sur vos
yeux des yeux sérieux, réfléchis, à cause de la difficulté très
réelle de cet acte grandiose : marcher... vivre...
Georgette Berckmans.
CLAIRS DE LUNE
ET
DÉJEUNERS DE SOLEIL
ISABELLE, vos sœurs s'étaient complaisamment éloignées et
leurs rires moqueurs, l'un après l'autre, s'évanouirent dans
la forêt. Les cigales, grisées de soleil, vous criaient que nous
étions seuls, mais vos yeux fixés sur la mer demeuraient
comme elle immobiles. Je pris votre main qui jouait avec le
sable de la dune, etla poussière brûlante, entre nos doigts mêlés,
^85
coula comme un frisson. Votre
épaule était si nue près de mes
lèvres qu'un baiser étourdi s'y posa.
Pudeur néfaste, ô temps perdu !
Vous vous dérobez à ma joie... Un
impondérable chiffon, sorti je ne sais
d'où, s'ouvre d'un vol effarouché,
se déploie en mille fleurettes et voile
à mes yeux désolés ces épaules,
ces bras, cette gorge surprise :
— « Isabelle, cœur glacé,
combien ce joli man-
teau me déplait !
— « Monsieur qui
n'y connaissez rien,
ceci n'est pas un man-
teau. Dites, s'il vous
plaît, une cape et pas
même, un voile, une
aile, un rien qui nous
protège. Madame
Lan vin a prévu les
soleils trop ardents, les
tissus trop fragiles, les
amoureux trop indis-
crets.. . Ne voyez-vous
pas que les mêmes
dessins fleurissent à
mon corsage et que
cette cape est une
petite sœur de ma robe?
l86
J'allais m'insurger contre cette
petite sœur, mais le bois se rem-
plissait à nouveau d'éclats de rire,
et la ronde moqueuse se resserrait
autour de nous.
Ce soir-là vous parûtes à table
si imprudemment décolletée que,
tout le long du dîner, je jurai ma
revanche. Vint l'heure d'une pro-
menade au clair de lune. Hélas !
Dieu punisse les couturières, une
nouvelle cape issue
de votre nouvelle
robe jetait encore la
nuit sur votre chair.
Vous me le fîtes
malicieusement
remarquer. Je vous
entraînai sans mot
dire vers notre sen-
tier favori et, tandis
que nous errions à
travers les colonnes
d'argent de la forêt,
je m'appliquai sour-
noisement à dégrafer
de vos épaules cette
étoffe insuppor-
table. Elle glissait
déjà le long de votre
nuque, quand son
imperceptible frôlement me trahit. Un bond vous éloigne de
moi, un éclat de rire vous emporte et, de mes bras trop tôt
triomphants
Cette proie, à jamais ingrate, se délivre
Sans pitié du sanglot dont fêtais encore ivre!
Isabelle, vous vous êtes enfuie, abandonnant par dérision
entre mes mains la petite cape embaumée qui causa tout notre
malheur. Comme le faune mallarméen, j'emportai tristement
vers ma retraite le voile de la nymphe perdue. Je m'enfonçai
dans l'ombre avec lui, je le pressai contre mes lèvres, j'y
respirai, toute une nuit, votre parfum...
Jean Labusquière.
l88
LE TON
DE
PARIS
/^'est le titre et qui n'a rien à voir avec le
^-^ ' Bon Ton", d'une comédie de Lauzun où
cet amateur élégantissime esquisse en traits
nets, secs, et pourtant aimables, une suite de
tableaux parisiens, mêlés de grâce retenue et
de corruption délicate; on dirait une suite
d'eaux-fortes tirées sur satin. Il régnait à
cette époque, chez nous, un esprit dont je vou-
drais, sinon tenter la définition, du moins noter
quelques traits curieux; un esprit dont la
qualité semble résider dans la mixture d'élé-
ments très divers et comme opposés. C'est le
moment où va sombrer dans le sang une société
charmante, usée à force de politesse, lente-
ment corrompue et devenue plus exquise à
mesure qu'elle se fanait ; et où va renaître de
ses débris un monde nouveau, tendre, ingénu,
lascif, enchaîné au précédent par le même
appétit de plaisir.
Dieu me garde de généra-
liser, je ne veux parler ici que
d'un tout petit cénacle, je ne
veux étudier qu'un certain tour
d esprit, — - le fruit que je
choisis a été piqué par une
abeille ; mais qui donc a dit,
que de ces fruits, la saveur
l'emportait sur tous autres?
Epoque charmante où les boiseries sont ciselées et dorées comme des
bagues, où les bras doucement infléchis des sophas semblent s'ouvrir pour
des chutes moelleuses, où parmi les festons, les guirlandes et les nœuds, se
répètent les torches, Tare, le carquois, les colombes insatiables, la lampe
gardienne des veilles, les cœurs consumés, tous les emblèmes de l'amour
insinuant et perfide.
Les tailles sont devenues frêles à se rompre sous les doigts qui les
pressent, les robes ont pris une ampleur propre à dissimuler une demi-
douzaine de sigisbées, et les chevelures savamment entrelacées, poudrées,
adonisées, chargées de palmiers en plumes, de rivières en diamants, ont dans
leur croissance merveilleuse l'aspect de charmilles, de bosquets, d'arbres de
mai. Les hommes ne sont pas moins épris de leurs catacouas, de leurs ailes
de pigeon; leurs précieuses mains nagent dans les dentelles, se nichent dans
des manchons ; ils portent des habits à fleurs et les talons de leurs souliers
sont rouges pour souligner leurs pirouettes.
Dans cette corruption que de goût, que d'apprêts ; ce sont des badinages
mesurés, légers, d'esprits un peu exténués, mais tellement fins et tellement
au-dessus des babioles dont ils s'amusent un moment.
Aimables estampes, cages entr'ouvertes, oiseaux
trop familiers, roses effeuillées avant d'être prises,
loteries équivoques où Ton gagne tout ce que Ton
désire. Que de lits défaits, que de rideaux chiffonnés.
Amantes favorisées, amies rougissantes, serins mignons,
gimblettes, figures découvertes ou non... Fragonardises I
Tout cela est un jeu de personnes très polies et qui
essaient de se divertir sans trop y croire.
Le ton de Paris, c'est Chamfort, celui des Afaximes, le beau jeune
homme mangé par le ver et qui jetait sur des bouts de papier ces sentences
corrosives :
" Il y a telle femme qui s'est rendue malheureuse pour la vie, qui s'est
perdue et déshonorée pour un amant qu'elle a cessé d'aimer parce qu'il a
mal ôté sa poudre, mal coupé un de ses ongles ou mis son bas à l'envers ".
Et encore : " Soyez aussi aimable, aussi honnête qu'il est possible, avec
la femme la plus parfaite qui se puisse imaginer, vous n'en serez pas moins
dans le cas de lui pardonner votre prédécesseur ou votre successeur ".
C'est aussi Crébillon fils, non celui du Sopha d'un libertinage si
longuement édulcoré, mais celui des Egarement du cœur et de L'esprit. Nous y
voyons des dames du meilleur ton, galantes mais avec tant de nuances,
gourmandes, mais avec précaution, se disputer la possession du jeune Meilcour.
Notons aussi ces Tableaux deô mœurs du temps où le dévergondage est
si compassé. Ouvrage qui me fait penser aux gâteaux dont les flancs
brûlants dissimulent une glace, laquelle à ce contact et à ce voisinage voit
son parfum décuplé.
" Vous m'avez inspiré cette fureur, déclare un des personnages, je vous
ai forcée, mais je n'ai pu faire autrement et je vous en demande pardon... '
Le reste est d'une galanterie qui passe la mesure bienséante.
Ce sont tous les conteurs de la fin du dix-huitième, tous les abbés
galants, tous les faiseurs de contes, qui allaient de ruelle en ruelle effeuillant
leur cœur avec les épîtres et les bouts rimes ; tous les favoris, les
pensionnés, tous ceux qui avaient d'aimables talents, des figures avantageuses
et la jambe bien faite.
Plus tard, c'est encore Vivant-Denon, égoïste, désabusé et toujours
curieux. On connaît le début de Point de Lendemain : J'aimais
éperdument la comtesse de***; j'avais vingt ans et j'étais ingénu; elle me
trompa; je me fâchai; elle me quitta. J'étais ingénu, je la regrettai; j'avais
vingt ans, elle me pardonna; et comme j'avais vingt ans, que j'étais ingénu,
191
toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l'amant le mieux aimé,
partant le plus heureux des hommes ".
Quelle friandise 1 C'est une cantharide enfermée dans une dragée ! J'ai
gardé pour la fin les Liaiéotid dangereudeé *—< ce grand livre où la méchanceté
resplendit de tant de feux. Qui n'aimerait Valmont et ce beau serpent,
cette cravache à pommeau de porcelaine chinoise : la Merteuil? ces deux
âmes dont les détours s'embellissent d'une hypocrisie de gala. Combien je les
préfère à cette présidente dont la froide rhétorique fait espérer et attendre
la chute, et à cette petite fille qui perdit l'appétit du plaisir pour avoir un
peu badiné avec le diable.
Cet art-là est inimitable, désinvolte, si froid, tellement déguisé et de si
bonne compagnie. Il faut remonter jusqu'aux PadtoraUé de Longus, pour
trouver des inventions si propres à réveiller l'usure des sens et les fatigues
de l'esprit.
Ce ton vif, ces couleurs si rouges sur les figures pâles des belles, ces
mille feux du jour qui s'éteint, on dirait le duvet artificiel que mettrait à
des fruits de marbre ou de cire un peu de poudre " à la Maréchale ".
George Barbier.
OU VA
LA MODE
VERS QUELLE LIGNE
QUELLE ÉPOQUE
QUEL PAYS?
ESSAI DE DÉLIMITATION DES
STYLES (LA LIGNE GRECQUE,
L'ITALIENNE DE LA RENAISSANCE,
ET CELLE, MODERNE, DE 1890),
OU L'ON REMARQUE QUE
PARAIT TENDRE, DANS SES
GRANDES LIGNES, LA
MODE ACTUELLE
CONTENANT HUIT
CROQUIS DE ROBES
MODERNES INSPIRÉES D'ÉPO
QUES TRÈS DIFFÉRENTES
LA MODE ET LE BON TON
■^©^
On se lamente, on désespère de revoir
les grandes élégances d'il y a seulement
vingt ans, et pourtant je ne crois pas qu'à
aucune autre époque les femmes dépensèrent
autant qu elles le font dans une seule saison
a présent. A quel moment les bas valurent-ils,
très simples, sans broderie, plus de cent
francs ? Quand donna-t-on mille francs
pour un chapeau à peine garni ? Et à quelle
époque, une paire de gants courts valut-elle
quarante- cinq francs ? Je ne vous parle pas
ici du prix d'une robe, ce qui alors dépasserait
à tel point ce que nous connûmes de tous
temps, qu'il est préférable de ne pas insister.
Et vous m'allez dire après cela que l'élégance
se meurt ?
Disons que le " modèle " a tué l'élégance,
cela serait plus juste, mais reconnaissons au
moins que l'amour du luxe est plus vivace
que jamais, que la recherche dans le détail
est absolument exquise et que le joaillier et
le fabricant de sacs, de cannes et de tous
les bibelots qui composent notre toilette
n'ont jamais eu autant à faire et à créer. Et
donnons en même temps un bon point à la
femme française qui peut se maintenir au
milieu de ce désarroi économique et qui
conserve malgré tout la suprématie de son
goût et de son élégance.
Dans son jardin dessiné à la française,
autour des parterres aux fleurs bleues, la
comtesse E. de Beaumont, recevait par un
temps merveilleux ces jours-ci. On dansait
dans le grand salon, tandis que le goûter
servi sous une tente, créait une allée et
venue chatoyante et charmante. De plus en
plus la taille se signale très basse, des franges
traînent à terre d'une manche attenante au
corsage; mais ce qui est caractéristique, c'est
la longueur souple des jupes qui ont l'air de
pendre sur leur contour, juste au ras du cou-
de-pied.
Mme des Montiers fit sensation dans une
robe unie, étroite, noire, dont le col droit et
très large comme une fraise et les parements
étaient faits de tulle coulissé, plus resserrés
au poignet que vers la saignée. Le petit
chapeau Henri II accompagnant cet ensemble
était vraiment chic.
M e Sorel, très simple, dans une robe
de crêpe à fleurs, noir et blanc, avait
beaucoup d'allure sous son chapeau de paille
d'Italie couronné de roses blanches.
La maîtresse delà maison en soie "grège"
entièrement brodée de perles assorties dis-
posées en longueur, portait un chapeau sans
garniture, peint à la main, de couleurs vives,
très original, mais ce qui était surtout
caractéristique, c'était un collier de diamants
et saphirs suspendu au milieu du corsage en
hauteur, tombant libre jusqu'à la taille.
Nous avions vu déjà la duchesse de Gramont
porter un bracelet de cette manière.
Le goût de la maîtresse de la maison se
distingue dans tous les détails de ses réceptions
qui nous donnent chaque fois une série d'idées
nouvelles : comme, par exemple, la manière
de disposer les fleurs coupées, sur les ter-
rasses et sur les balustrades. De grandes
vasques marocaines immenses, avec de l'eau
figurant comme un petit bassin, ont sur
l'un des cotés, baignant à peine, un ou deux
194
gros bouquets de roses liées comme si par
hasard, on avait laissé là les fleurs pour les
reprendre tout à l'heure. D'autres fois, sur
le rebord d'un meuble, de beaux lis sont
couchés, alanguis et pleins de poésie : ' Pre-
nez-moi " ont-ils l'air de dire à celles qui
passent et qui les admirent ; c'est du reste
ainsi que finissent ces fleurs superbes, vers
la fin de la réception, quand la musique tue,
on s'éternise à causer dans le crépuscule de
quelque magnifique journée d été.
Les lumières de couleurs dansent au
balancement de la branche, le jardin est
dans la complète obscurité et les femmes
aux robes scintillantes se dessinent en éclats
de lucioles dans l'atmosphère de fraîcheur
et de grandeur du parc monumental. La
comtesse d'Ormesson reçoit ce soir dans cette
demeure exquise, ancienne, d'un parfum
désuet et pénétrant ; les salons éclairés aux
bougies, les chambres-bibliothèques par où
l'on accède du parc, par un petit pont de
pierre, tout cela très différent de ce que nous
voyons chaque jour et si beau de lignes.
Les voitures gagnaient le perron par
l'entrée des petits pavillons Louis XIII, et
longtemps avant que les voitures n'arrivent à
la maison on apercevait leurs lumières gran-
dissantes progressivement par les chemins a
travers bois; l'effet était exquis. Dans les
salles de danses, le rose, le mauve et le blanc
avaient tué le noir, que seules quelques rares
femmes, ne se décident jamais à quitter.
Mme d'Ormesson en rose vif; sa sœur, la
comtesse de Kergorlay en blanc, sans bijoux.
La duchesse de Gramont en robe de satin
" ivoire " ornée des petits miroirs chers à
l'époque des Médicis.
Mme Verdet de Lisle, très originalement
habillée en Infante : satin vert pâle avec
effet de vertugadin et coiffure très tirée en
arrière. La duchesse de Trévise en mauve,
fine et souple, coiffée d'un superbe diadème
de saphirs. La comtesse de Vogue en blanc
et coiffure de Bacchante dans ses cheveux
noirs. La comtesse de La Rochefoucaud en
rose brodé de cristal, des diamants dans les
cheveux, ainsi que Mlle de Yturbe en lamé
vert et rose, la ceinture faite d'une natte de
ruban rose et vert.
Pour le feu d'artifice on s'enveloppa de
ses manteaux tous de lamé ou de velours
clairs, doublés de fourrure ; aucun n'était
noir.
4* 4*
Le Derby fut splendide, les pelouses
envahies de bonne heure ; mais seule la
tribune des Sociétaires montrait quelques
élégances : la jeune duchesse de Crussol en
crêpe "ocre" sur fond noir, coiffée d'un
immense chapeau de paille brillante, avec
papillon de Chantilly, avait une silhouette
charmante comme sa belle-sœur, la comtesse
de La Rochefoucaud, en crêpe à fleurs noir
et "ocre", également coiffée de noir mais
avec voile de Chantilly tombant derrière.
Mme Georges Menier, avec la robe de
Vionnet, en crêpe blanc à fleurs des champs,
idéale de beauté sous sa paille blanche, à peine
ceinturée de ruban coulissé. Une ombrelle
d'un rose vif tranchait sur cet ensemble
pâle. Pâle aussi celui de Mme Hanraux en
mousseline à pois et brodé, éclairé par une
garniture de jade, en ceinture, boucles
d'oreilles, et colliers retombant par trois
rangs à la fois. Du reste, la mode de ces
parures de pierre de couleurs, se retrouve sur
quantité de robes blanches cette saison, et
c'est ma foi très gai.
Vous dirai- je que de moins en moins le
juponnage se fait sentir? Vous le savez
mieux que moi mais ce que vous ne
savez pas, peut-être, c'est le nombre de
femmes qui, au Derby, nous montrèrent dans
la transparence des mousselines, de jolies
jambes, absolument parfaites ?
Si je vous rencontre un jour, en tête à
tète, je vous promets de vous le dire 1. . .
J. R.-F.
195
4*
4*
*
4*
*
4*
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4*
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4*
4*
4*
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Explication des Planclies Hors - 1 exte
CONTENUES DANS LE NUMÉRO 6
VjAAAAAAAA»/
Pi
7*rvrrrYrTÎ\
lanche 41. — L'Été, composition de Charles Martin.
4*
Planche 42. — Cette robe pour Les bains de mer est
faite dans le lainage de Rodier " chevrons laine " .
4*
Planche 43. — La robe d'été est de Dœuillet ; le veston, de Larsen.
4*
Planche 44. — Une robe d'après-midi, de Béer. La jaquette pour les
courses, de Kriegck,
4-
Planche 4S. — Robe d'après-midi et robe de fillette, de Jeanne Lanvin.
La robe est en vermeil violine; ceinture de petites roses en même tissu; grand
col de tulle du même ton, garni de ruche vermeil. La robe d'enfant est en
crêpe de Chine blanc, broderie fine en moire, gros nœud vert sur le côté.
Planche 46. — Tailleur de Martial et Armand. Le pardessus est
de Lus et Befve.
4*
Planche 47 • — De Paul Poiret, un manteau pour le soir.
Planche 48. — De Worth, une robe dusoir en mousseline cirée noire,
brodée de perles corail et or, avec grand motif de oierres précieuses.
jg* j|* *J* *J* *I* *J* *J* *J* >{* >{* >J* »J* >J* »{* *J* >J*
4*
4*
4*
4*
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Vro <J de la Gazelle du Bon Ton.
Année 1Q22. — Planche 41
SUZANNE ET LE PACIFIQUE
ROBE DE BAINS DE MER, EN "CHEVRONS LAINE" DE RODIER
#° 6 de U Gazette Du Bon Ton.
Année 1922. — Planche 42
-
LA CALINE
ROBE DE DŒUILLET
VESTON DE LARSEN
^° 6 de La Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Planche 45
n
0
LONGCHAMP
ROBE D'APRÈS-MIDI, DE BEER
JAQUETTE POUR LES COURSES, DE KRIEGCK
i^0 6 de la Gazelle dit Bon Ton.
Année 1922. — Planche 44
LE NID DE PINSONS
ROBE D'APRÈS-MIDI ET ROBE DE FILLETTE, DE JEANNE LANVIN
M0 6 delà Gazette du. Bon Ton.
Année 192a. — Planche ^5
u*.
JJU^u>J)çUi-,
L'ENTREVUE MATINALE
TAILLEUR, DE MARTIAL ET. ARMAND
PARDESSUS, DE LUS ET BEFVE
Ïϰ 6 de la Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Planche 46
LA GLACE
OU
UN COUP D'CEIL EN PASSANT
MANTEAU DU SOIR, DE PAUL POIRET
A0 6 de la Gazelle du Bon Ton.
Année 1922. — Flanche 47
ESPÉREZ
ROBE DU SOIR, DE WORTH
A ° 6 de la Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Planche 48
M-/
GRECQUE
JV° 6 de la Gazelle du Bon Ton
Année 1922. — Croquié N° XLI
ë
* V
V
y
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GRECQUE
JV° 6 de la Gazelle du Bon Ton
Année 1022. — Croqu'u N° XL II
RENAISSANCE
1 ITALIENNE
JV° 6 de La Gazette du Bon Ton
Année 1922. — Croauû N° XLIII
RENAISSANCE
JTAT.TWMTVTT?
N° 6 de la Gazelle du Bon Ton
—X,
>VK)S36 JJT22.
JpnA,TP ""-
JV° 6 de la Gazelle du Bon Ton
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JÊÊÊÊÉÊm
ÉPOQUE 1890
N° 6 de la Gazelle du Bon Ton
Année 1Q22 — CroquU N° XL VI
àPOOlJF. ififi-r
N° 6 de La Gazette du Bon Ton
*
j>/ivif $?•'/
IL
KPOOTIP- ,«*,
N° 6 de La Gazette du Bon Ton
LA
CITROËN
ET LES SPORTS
LE POLO
XXV11
0^^
W°5
AD SOMMAIRE
JEAN GIRAUDOUX - PAUL MORAND
GEORGES GABORY - LABOUREUR
MICHEL DUFET - BAKST - MARIE
LAURENCIN - PAUL THEVENAZ
PUGET - DE LANUX - GHANA ORLOFF
GUSTAVE KAHN - E. HENRIOT - JEAN-
LOUIS VAUDOYER - MADAME ODIC
KINTZEL ET LES ARCHITECTES ET
LES DÉCORATEURS DU TH. DAUNOU
PRIX DU NUMÉRO. 20^
ABONNI AUX SIX N^ 90^
PUBLICATIONS LUCIEN VOGEL
11, RUE SAINT-FLORENTIN, PARIS
XXVU 1
TL y a sept cent cinquante louis au banco. On peut taire !
Le croupier Lrun, sa palme de bois mince et Irangée au
repos, appelle les clientes. La joueuse attend, d un air morne et
vague, ses perles rytkmant d une oscillation les courtes goulées
de fumée qu'elle aspire et rejette en un mince filet. Elle a la
main sur le saoot prête à donner le départ au destin, sous la
forme dune carte rose qui s olire à la vie.
. — > On peut faire, répète le croupier de sa voix salariée.
CH <=> 5TZ+-.
197
Copyright September 1922, by Lucien P^ogeL, Pané
Alors une grande créature avec des hanches qui roulent comme ses épaules,
une grande créature s approche et dit :
. — - Banco !
Avec la table/ Non! oeule... Elle veut être seule. Elle affronte cette Elle
brune qu elle connaît de vue et de réputation, dont les amours 1 agacent, dont elle
jalouse les vices. JLa main tine et lasse où une grosse perle semble endormie (il
est si tard !) tire le bristol rose et le lait glisser sur la nappe verte ; puis une carte
bleue ; puis une bleue encore et une rose enfin, tendre et lisse. La grande créature,
à peine penchée, relève ses deux, cartes de la même main, les dresse jusqu'à la
hauteur de ses yeux et demande :
. — ■ Carte i
JLa joueuse assise retourne les siennes, les abat sans dire mot, regarde ailleurs.
— Huit, annonce le croupier.
L/a grande créature lance une liasse de dix mille francs étranglés dans un
élastique, puis cinq autres billets plies en quatre. Elle s'éloigne, impassible,
d une démarche virgiJienne, mais elle sent que les dieux sont contre elle et un petit
malaise court sous sa robe molle et lui irrite la peau. L autre est toujours collée à
la table, continue de fumer, rassemble devant elle son attirail de platine et d'or
submergé sous les plaques de cinq louis. Près du porte-cigarettes et de la boîte à
poudre, repose sur ses quatre jambes massives, un éléphant d'or et de diamants,
un éléphant minuscule offert par un maharadjah, oublieux parmi nous de ses
royaumes et de ses disciplines.
Une lumière dure traverse la fumée et vient s'aplatir contre la table.
— - Vingt mille francs au banco.
Banco !
Celle-là est attablée, elle aussi. Elle est fardée et grasse. Ses ckairs croulent
sur Je tapis où ses bras flasques et ses mains courtes font deux coulées de graisse.
Oon cou tavelé de petites taches violettes immobilise cent mille dollars de perles.
Un chapeau imprévu avec des plumes follettes couvre sa transformation trop
jaune. On la sent livrée au jeu sans détachement. L argent autorise tous ses
désirs. -Mais I argent ne plie pas le hasard à son caprice, ne 1 asservit pas à ses
appétits, m à sa chair vieillie. Elle joue. Elle perd. Elle a moins de dignité et de
patience que la grande créature, en route vers une autre infortune. Elle rejette
les trois cartes qui marquent sa défaite et regarde la victorieuse de ses yeux
charbonneux et malsains.
198
^ M%
C H a ST £- U
. — - Suivi I
Elle réclame un nouveau banco Je vingt mille lrancs. Que lui importe 1
Elle a pris la suite de son mari mort 1 an passé, et qui taillait d une main
tremblante de whisky . Qu est-ce que vingt mille lrancs pour ses millions ? Elle les
perd encore, mécontente non de la perte mais de perdre et que ces cartes roses et
Lieues soient moins dociles à sa volonté que le jeune nomme blond qui, derrière le
laquais cubique, la regarde tailler.
Alors elle commande au laquais un sherry, le quatrième de la nuit, et
dwich. L homme galonné aux épaules carrées disparaît, laissant derrière lui
traîne d obséquiosité. 11 revient bientôt, tendant le rubis liquide et le jamb
pâle entre les deux leuilles de mie de pam. Elle les engloutit en hâte, pressée d
revenir au jeu. jVi.ais la gagnante se lève, lisse de sa longue main sa chevelure
brune et plate, se remet un peu de poudre, range 1 éléphant dans sa grande écurie
de soie jaune, et part avec un onduleux adolescent vers le dancing bruyant et
mélancolique .
GÉRARD BAUËR
san
une
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lui
on
e
RUISSEOLA CLOKY ou vestes
ET MANTEAUX ASSORTIS, COMBINÉS
DANS DES TISSUS NOUVEAUX DE RODIER
~"\ÉJA la Terre — Nature, qu'as-tu fait de ton été cette année ;
pour quand est-il? — déjà la Terre ayant accompli de
la trajectoire en forme d'ellipse qu'elle décrit la partie du
trajet qui correspond à l'été, tant pis s'il a plu tout le temps,
tant pis s'il a fait plus froid qu'en février, nous n'avons rien à
réclamer et nous devons tenir l'été pour reçu.
A présent, le moment étant venu où elle doit se placer
dans sa course d'une certaine manière qui, selon la loi du
cosinus de l'inclinaison (qu'ils disent, les savants) a pour effet
de lui faire recevoir plus faiblement les rayons du soleil,
201
comptez qu'elle se placera précisément avec la plus grande
docilité dans cette position, au lieu de se relever un peu
pour les recevoir en plein, ce que tout le monde ferait à sa
place.
Ou — bien mieux — si elle tournait brusquement à
droite... Tous les calculs faussés, quelle révolution parmi
les lunettes indignées, entraînées malgré elles dans la
trajectoire subversive ! Et les sans-fil de s'affoler d'une
extrémité du monde à l'autre extrémité : « Allô, l'Amé-
rique, qu'est-ce qui se passe, voyons ? Nous avons Altaïr
(ou Orion, ou toi, verte Vénus) à gauche au lieu d'à droite.
Et vous? — Nous comme vous...
Phénomène dépassant l'enten-
dement. . . Température élevée (ou
abaissée) de trente centigrades en
huit secondes... Que dit Obser-
vatoire de Paris? »
Mais cela n'arrivera pas.
Nous allons vers l'hiver, mes
bons amis, au petit trot d'une
vieille planète dénuée de fantaisie,
dépourvue d'imagination et qui
ne veut rien connaître en dehors
de son devoir. Tant pis. Apprêtez-
vous donc. Les toits vont se couvrir
de neige ; la bise soufflera, glacée,
dans les arbres, dans les squelettes
des arbres plutôt, dépouillés, tout
nus, réduits à l'état de raides cadavres
noircis — qui cependant reverdiront,
reviendront à la vie... Patience!
As»
Agnella
202
Mesdames, que vous, du moins, soyez belles pendant
cette période de deuil. Vous vous parerez pour nous
consoler, durant le mauvais voyage, de la lumière perdue ;
vous êtes notre espoir, nos yeux sans cesse attachés sur
vous ne vous quitteront pas. Voyez ici. Rodier vous
fournit les moyens de revêtir de façon changeante la seule
forme tangible que nous donnions au mot : bonheur.
Si vous n'y étiez, c'en serait fait, je quitterais la
Terre. Je ne souffrirais plus d'être entraîné dans sa course
toujours la même, comme dans celle d'un autobus fantôme
ne stoppant à nulle station, et dont ce serait bien le diable
tout de même si l'on n'en pouvait descendre
pendant la marche... «Conducteur, je
descends ici... Terre, tu ne veux pas
t' arrêter, eh bien, je saute ! »
Et je sauterais.
Et puis, une fois libre,
je me mettrais à tourner
autour du soleil aussi près
qu'il serait possible sans
courir le risque d'être frit,
satellite nouveau et point de
mire de toutes les
lorgnettes de toutes les
sociétés savantes de toutes
les parties du monde ; je me
mettrais gravement
à graviter tantôt
vite, tantôt plus len-
tement, à mon gré,
faisant la rotation
îo3
Vagucô Cloquellor
sur moi-même quand ça me plairait et cessant de la faire
quand ça ne me plairait plus. Et puis, satellite unique en son
genre, je crois bien, dans toute la création, étonnement et
admiration des mondes mes confrères : astres, étoiles, planètes,
globes et autres boules, quand je serais las de tourner dans un
sens, je ferais la chose la plus naturelle : Je me retournerais
et partirais de l'autre côté.
Celio.
Arabuilor
JLeiS Jolis
NÉCESSAIRES
13. /
recau fions
pour
trams
la
pou dire
er
.#
Quand on les rassemblera plus tard, comme on a fait à notre époque
pour les boîtes et les étuis du xvme siècle, on sera étonné de la variété
ingénieuse et du raffinement somptueux des nécessaires féminins actuels.
Jamais nom ne fut mieux adapté, jamais objet ne fut plus utile.
Il faut qu'une femme emporte, le soir surtout, quelques objets, quatre
ou cinq, mais dont elle ne peut se passer. D'abord son miroir, sa poudre et
son rouge, ce qui sert discrètement non à maintenir ni à relever, mais à
souligner sa beauté, l'une adoucissant ses traits, l'autre dessinant sa
bouche, pour que son visage oiïre surtout aux regards qu'il veut séduire
ses yeux, où va luire son esprit, ses lèvres, où commencent les voluptés ;
pas de noir pour les paupières, qui assomme le regard, l'appauvrisse,
l'enfonce et semble vider les orbites ; son mouchoir si fin, si ténu, si trans-
parent, fait uniquement, dirait-on, pour retenir au bord des paupières une
émotion mal contenue ; une clé minuscule, s'il le faut. Les hommes qui l'accom-
pagneront auront pour elle des cigarettes et de l'argent, naturellement. Il
îo5
ne faut pas qu'elle ait d'autre souci que de conserver son éclat et d'en
disperser la joie.
Mais ces objets, même réduits en nombre, il faut qu'elle les porte avec
elle. Où, dans ces robes souples et légères, dont il faut conserver la ligne
et qui posent sur son corps que le linge recouvre à peine? La poche est finie
la poche ancestrale, dans la jupe ou le jupon. Dans le jour le sac la rem-
place, mais c'est gros, c'est lourd pour le soir. Et dans ce sac même, où
il faut bien enfermer des papiers, des échantillons, un carnet pour les
courses du jour et les visites, on ne peut mettre pêle-mêle les accessoires
de sa beauté. Le nécessaire y prend sa place et c'est lui seul qu'on emporte
avec soi, le soir, dans les heures qu'on voudrait ne consacrer qu'à son
plaisir.
Alors on s'ingénie à ce qu'il soit petit, commode, et surtout élégant. Il
faut qu'il accompagne, sans le gêner ni l'alourdir, le geste joli de la femme
qui se poudre devant son miroir. Il faut surtout qu'il soit assorti à cet
ensemble décoratif qu'est une femme en robe du soir, dans ces tissus de
soie, avec ses perles, ses bagues, son bandeau, ses parures qu'elle arrive
peu à peu maintenant à varier et à combiner pour la couleur et la forme
de ses robes. Quand ce nécessaire est ouvert et qu'elle se regarde dans son
miroir, tous ses voisins le voient et jugent du goût de celle qui s'en sert à
la façon dont il est.
On ne le fait plus qu'en matières précieuses : or ou platine, s'il s'agit de
métal, en pierres dures, cristal de roche, agathe mousseuse, néphrite, jaspe,
améthyste, corail, lapis. On combine des décors d'émail très simples, des
lignes qui jouent sur le métal et, en y mettant leur éclat chaud, diminuent
l'aspect froid ou " enrichi " qu'a l'or employé seul. On y dessine des motifs
en pierres calibrées, diamants, rubis, émeraudes, saphirs et onyx, dilficiles
à employer si on veut éviter l'alignement d'une boutique de joaillier et dont
1 harmonie des tons est si amusante à chercher. On peut graver ces pierres
dures, en faire des mosaïques, les souligner par de l'émail encore ou les sertir
par quelques lignes de brillants, discrètes et fines, qui en font luire la
couleur.
Les formes en sont, comme les couleurs, amusantes et variées à l'infini,
tantôt venant de ces pendentifs de la Renaissance, tantôt de ces boîtes
d Extrême-Orient. Le nécessaire à six pans est devenu presque classique,
suspendu à son bâton de rouge. Celui-ci constitue le problème de ces néces-
saires : le loger pour qu'on l'ait toujours sous la main, facile à prendre. On
a résolu la question en le prenant comme support et on en a fait l'attache
206
où se suspend le nécessaire et
qu'on maintient dans sa main.
Une fermeture à baïonnette, au
centre de l'étui, et le bâton est
là, tout prêt à caresser les lèvres.
C'est plus commode évidemment
que l'étui à ressort qu'on met
dans un côté du nécessaire et
dont il faut extraire le rouge.
Les intérieurs sont exacts,
ajustés, les charnières à peine
visibles, les surfaces des cou-
vercles planes et polies, sans
une ondulation, et les ferme-
tures hermétiques, avec des
frottements doux qu'on peut
207
manœuvrer sans effort et qui doivent empêcher la poudre de se répandre.
Comme au xvme siècle pour le tabac, qui ne devait ni s'évaporer ni s'échapper,
on a dû maintenir la poudre, pour qu'elle conserve son parfum et ne ternisse
pas la glace qu'elle accompagne, sans laquelle elle ne peut servir. Les progrès
faits à cet égard dans la technique de ces objets sont curieux depuis ces
dernières années, et les meilleurs artisans parmi les ouvriers bijoutiers, ceux
qui ont conservé le goût de l'effort patient et du travail achevé, se sont
disposés à cet art de la boîte et sont devenus, en terme de métier, des
" boîtiers ".
Ainsi s'est développée toute une création d'objets nouveaux dont une
femme ne peut plus se passer. Le nécessaire actuel, qui est si intimement
lié aux aspects successifs de la femme moderne, doit varier avec eux. Quel
charmant et amusant symbole d'une liaison heureuse et prolongée. Quel
exquis cadeau pour en marquer les étapes, les anniversaires, les rencontres
joyeuses, les modulations et les apaisements. Comme on peut les assortir au
visage longtemps contemplé, aj^caractère, à Yjs&apfe, aux enrichissements du
goût et de la sensibilité de^la femme qu^oii aini^/Ët c'est une joie pour un
amant fidèle et rafifiné^que de^combineç-àin^i a^pcs dates, qu'il aime à marquer,
ce qui témoignera sa pensée constate eple/édlte fervent qu'il rend à son amie.
Robert Linzeler.
2CK
LES SURPRISES DE L'OPERA
LETTRE D'UNE PERSONNE DE QUA
LITÉ A UNE AMIE DE GRENOBLE
Chère Florinde,
~JMTe par donnerez- vous mon retard à vous détailler les merveilles du Bal
Vénitien. Depuis longtemps je désire vous faire partager le plaisir que
j'y pris, en vous racontant non seulement les fastes de cette illustre soirée,
mais encore les mille riens qui en furent le prélude et l'ouverture; ainsi vous
imaginant le spectacle dans tout son feu, vous croirez y avoir assisté en
personne.
Huit jours auparavant on ne parlait que de la fête : la marquise Casati,
insatiable de perfection, venait de lacérer une robe merveilleuse à laquelle
on travaillait depuis trois mois. MlleSorel faisait confectionner un collier de
diamants pour le lionceau qui devait figurer à ses pieds; vingt brodeuses
travaillaient nuit et jour à la robe de Célimène et, quand l'une d'elles,
succombant à la fatigue, pâmait, une remplaçante s'asseyait aussitôt au
métier. On chuchotait le nom des plus grandes dames qui devaient figurer
au cortège accompagnées de leur sigisbées et mêlées à des comédiennes
illustres, chacune brûlant d'éclipser ses rivales par le faste et le goût
conjugués.
Le jour du bal à la répétition générale, la salle de l'Opéra bouillonnait
comme le chaudron des sorcières, l'émulation, le désir et la vanité se muaient
en de furieuses passions et l'on put voir les chefs des entrées se disputer
âprement la possession d'un escalier monumental recouvert de velours noir :
l'un voulait la totalité des degrés, l'autre ne voulait accorder que dix
marches, le troisième réclamait la virginité de ce colossal mausolée. Il fau-
209
drait la plume de Saint-Simon pour évoquer cette furieuse mêlée. Seul, le
directeur du Gauloid, échoué sur le siège du doge et pareil au sage Ulysse sur
son rocher, gardait son aménité coutumière, mêlant le miel et l'huile aux
flots d'absinthe répandus.
La salle était complètement parée, partout pendaient des drapeaux,
des lanternes et des banderoles; aux balcons se déployaient des étoffes à
ramages, tels on voit aux palais vénitiens les damas que la lumière meurtrit.
L'ensemble évoquait un peu les galeries de la « Chananéenne » un jour de
grande mise en vente, avec tout de même un faste suffisamment oriental.
Mais quel émoi, les musiques sont mal réglées, les danses ne sont point
sues, les couples descendent à contretemps les marches du catafalque (dû
aux soins de Borniol, il convient de le dire, car le plaisir et la mort sont étroi-
tement liés, et fouler en dansant ces linceuls funèbres ne dut pas être pour
beaucoup un médiocre excitant). Comment la soirée va-t-elle se passer?
Hé bien ! ma chère, trêve aux méchants badinages, tout fut parfait, le
cortège se déroula à l'heure fixée, dans le meilleur ordre et pas une princesse
ne laissa choir sa pantoufle en descendant, les danses furent harmonieuses
et les accords bruyants à souhait.
On vit d'abord s'avancer M. de Max, le doge, tout en or; des pages
cramoisis soutenaient son manteau, un nègre colossal l'abritait sous un dôme
d'or et de plumes, derrière lui papillonnait un mélange de
masques en baute et de gentildonne, habits étincelants
et robes jonchées de bouquets, dentelles d'or et dominos
de taffetas zinzolin et, comme au temps de Longhi, des
visages en carton blanc à l'irritante laideur donnaient
au feu du regard une inquiétante profondeur.
Puis parut l'Adriatique sous f
les traits de Mme Ida Rubinstein,
longue, nacrée, chargée de paniers
prodigieux dont l'enflure satinée
évoquait le bulbe d'une jacinthe
de Perse. Elle s'avança suivie
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IV
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d'un manteau infini de velours et d'hermine, tenant en main un éventail
pareil à une fleur sous-marine. Le doge lui passa au doigt l'anneau symbo-
lique et la naïade irisée comme les verreries de Murano prit place à son
côté pour jouir des divertissements.
Le feu d'artifice ruissela d'abord le long des degrés sombres, dans
l'étincellement de tous les ors, avec ses lanternes, ses fusées, ses jets d'eau
et ses fontaines. La plus belle des duchesses à peine déguisée en sirène,
masquée de ses cheveux d'argent, parée de perles et de coraux, mima avec
des poses eurythmiques le flux et le reflux et le jeu onduleux des vagues.
Enfin ce fut, émergeant des dessous, debout sur un disque d'or, comme dans
le champ d'un kaléïdoscope, l'apparition de la marquise Casati, ruisselante
de lumière, mitrée de joyaux, nue dans un réseau de diamants et traînant
derrière elle un corymbe constellé, à la fois arachnéenne et pesante, pareille
sous ses étamines et ses pistils à quelque grande fleur de givre, immatérielle
et fragile. Vêtu de bleu, le comte de Beaumont aux nocturnes regards lui
présenta une boule d'or, emblème je pense de son royaume, et l'on vit descendre
des cintres une étoile portant l'infant Don Luis venu honorer cet astre
neigeux.
Vous pensez si le public était content, ce n'est pas tous les jours qu'il
est permis aux vilains de voir, pour cent francs, un prince d'Espagne esca-
lader les nues.
Je m'en voudrais d'oublier Venise représentée par Mlle Sorel, masquée,
mais que tout le monde reconnut au jaillissement de ses plumes et à l'enver-
gure de son vertugadin. La fameuse comé-
dienne avait fait la gageure de dépasser
tout ce qui s'était fait jusqu'à ce jour en
^^T- Htl
211
panaches et en paniers; elle a gagné haut la main. Coiffée en feu d'artifice elle
arborait des fusées d'aigrettes et des glands de diamants d'une telle exubérance
qu'elle dut, sitôt la cérémonie terminée, aller déposer dans les coulisses cet
écrasant caparaçon et revenir modestement coiffée d'un mignon tricorne gris.
Je ne pus en la voyant m'empêcher de penser à Louis XIV, qui, recevant lui
aussi une ambassade orientale, avait fait coudre à son habit tous les diamants
de la couronne et était si brillant et si appesanti qu'à peine pouvait-il se
mouvoir. Venise avait prudemment abandonné son lion, craignant avec
raison qu'il ne retournât à la férocité, en humant tant de chair fraîche.
Puis ce fut l'ambassade persane : l'ingénieux artiste qui présidait à ses
destinées avait pris au cortège des quat-z-arts son superbe Boudha doré et
sa théorie d'hommes bleus, hiératiquement immobiles. On sait que le nu
revêtu d'une couche de peinture cesse d'être immodeste, ce qui a permis aux
plus scrupuleuses douairières d'admirer sans rougir de notables académies.
Entre ces deux frises se déroula un étonnant cortège qui allait de la
Perse à la Chine en passant par Kismet et Sumurun, ombrelles, coiffures de
plumes (où furent immolés des postérieurs entiers d'autruches adolescentes),
mitres d'or, traînes féeriquement allongées, esclaves, danseuses, palanquins,
composant le plus fastueux spectacle qui se puisse imaginer.
En tête marchait, vêtu d'argent glacé et frère des diamants noirs, le
prince Karam de Kapurthala, puis venaient les vedettes de nos théâtres et
les mieux nées de nos amies. Je ne les nommerai pas pour ne pas offenser ici
leur modestie : tranàierunt benefaciendo '.
N'oublions pas l'armée muette et fervente des gigolos passés à l'ocre
et l'œil fait « en miniature persane » qui encadrait cet essaim de belles
personnes.
Dans les loges, fort entourées, les reines du nickel, du béton, de la
margarine, beautés sérieuses, immobiles sous des girandoles de perles,
contemplaient béantes ces saturnales de la bienfaisance, répétant : c'est un
de ces spectacles qu'on ne voit qu'à Paris.
C'est mon avis, ma chère Florinde et après avoir admiré je me suis
follement diverti. Le masque et la baiite autorisent bien des licences et
permettent aux femmes d'asséner de bonnes vérités aux galants qui les
obsèdent; ils leur permettent aussi de dire des gentillesses à ceux qui leur
plaisent et auxquels elles ne sauraient, à visage découvert, témoigner tout le
bien qu'elles voudraient.
Je t'embrasse.
Vicomtesse de Sygognes.
212
Veloufé dorure
PETIT A PROPOS EN PROSE
SUR DES TISSUS DE
BIANCHINI
\ *&,
D
ÉJA, sous mes maîtres, ceux-ci jugeaient qu'il y avait en moi
de l'étoffe; quelle ne serait pas leur orgueilleuse joie s'ils
me savaient devenu le poète officiel des industries du textile :
« Nous avions vu juste, diraient-ils. » Il est vrai. J'étais
marqué pour ce destin. Inévitablement formé pour le commerce
des Neuf Sœurs, c'est îa dixième que je choisis de servir : la
Mode. J'écrivis donc, avec conscience et probité, de la robe
longue et de la robe courte, plus longuement de la seconde
que de la première afin de rétablir l'équilibre. Le ciel me
2 1,
pardonne la frivolité de tels sujets ! Du moins sus-je éviter
en les traitant, les séduisantes erreurs, les brillants dangers
où n'eussent peut-être pas laissé de m'entraîner, malgré mon
goût de la vertu, de moins innocentes entreprises ; du moins
mon œuvre ne sera pas condamnée à Rome, au redoutable
Index mon nom ne figurera pas.
Mais où je suis passé maître, où j'ai acquis sans conteste
une véritable supériorité, c'est dans les tissus.
Ce que je suis, c'est archiviste en tissus, le plus beau
des archivismes si l'on ne risquait d'y mourir de faim.
Essayez d'expliquer cela ! J'ai dans mon cabinet six mille
échantillons d'étoffes, et hiver comme été il n'y a pas d'homme
Crêpe boééelé
plus mal vêtu que moi. On sent qu'il y a là une anomalie dont
j'utiliserai à démêler les raisons secrètes les premiers loisirs
que me laissera, dans l'intervalle de deux collections le
prochain ralentissement d'activité dans l'industrie du textile.
JVLais quelle science attachante, méritant qu'on en fasse
son unique étude ! Je travaille dans la fièvre. Je viens
d'annoter entièrement de ma main, sur l'original même, la
grande référence des satins de Bianchini contenant plus de
trois mille numéros. Travail de bénédictin, gêné à tout instant
parles réassortisseuses de la couture venant confronter à mes
échantillons des morceaux d'étoffe que j'arrachais à leurs mains
sacrilèges : « Velours datln brocart n° 46.048, T. » Elles demeu-
raient béantes, confondues, je pense, d'admi-
ration.
Dans l'aimable domaine de la littérature
et de l'imagination, pour amuser mon esprit
dans les limites d'où je me suis juré de ne plus
sortir de la science à laquelle j'ai dévoué ma
vie, je médite, en utilisant les découvertes du
tactilisme, un roman dont l'action se passera
dans le monde du faubourg Saint- Germain,
et dont le titre seul sera de moi. Les pages
seront remplacées par des rectangles d'étoffes
dont chacune, par la sensation qu elle commu-
niquera aux doigts feuilletant le livre, traduira
les sentiments de l'héroïne et la progression
du drame dans l'âme des personnages. Bian-
chini et moi, qui sommes les auteurs de ce
livre qui ressemblera assez à une liasse
d'échantillons, en avons déjà écrit
quelques chapitres. Vous lirez, au
J^e Lourd gazon broché
moment où le récit atteint son point culminant, un chapitre
Velours dorure qui est d'un corsé... Je ne sais si Ton en pourra
permettre la lecture aux jeunes filles.
Des travaux d'une nature si audacieusement en avance
sur l'état actuel de la critique seront-ils compris ; le genre
littéraire auquel j'ai consacré, des dons abondants que m'avait
départis la nature, les plus précieux, rapportera-t-il en gloire
à son créateur l'équivalent de ce qu'en consciencieux travail
il lui coûta ?.. Peu m'importe; d'autres récolteront à ma
place. Un jour le dédain dans lequel on tient encore la litté-
rature vestimentaire disparaîtra; un prix Goncourt, peut-être,
pour marquer la fin d'une odieuse injustice sera attribué à
l'œuvre d'une rédactrice de modes. Alors, ouvrier de la pre-
mière heure, je ne serai plus ; personne ne connaîtra ce nom :
Vaudreuil.
Veleurô
éatin
brocart
VARIATION SUR DES RUINES
PO MPÉI
/^E qui frappe d'abord à Pompéi c'est la petitesse ; tout y est réduit,
^"^ resserré, exquis. Dans les rues, deux chars traînés par des esclaves ne
sauraient passer de front, les maisons si précieusement ornées sont minus-
cules : petites portes, petites cellules aux étroites ouvertures, retraites
préparées pour la paresse et la volupté dans le silence et la pénombre.
Les Romains lassés des colosses, des panthéons gigantesques, des
cirques, des pyramides, comme écrasés par leur monstrueuse grandeur,
vinrent se blottir sur cette côte privilégiée et s'y bâtirent des nids douillets,
clos par cette ceinture vaporeuse de collines bleutées qui demeure la souve-
raine beauté du lieu.
Rome est une ville de feu; on y respire la poussière calcinée des
morts. Les plus suaves haleines caressent le golfe de Naples, le climat y est si
doux qu'il passait jadis pour funeste aux vierges. Bercé dans cette mollesse
aérienne, l'être humain s'épanouit, s'abandonne, pareil aux belles vignes
jaillies de ce sol volcanique et qui tendent leurs bras chargés de grappes
d'arbre en arbre, s' enlaçant et retombant pour se couler contre de nouvelles
tiges qu'elles épousent de toute leur sève puissante.
Toute cette campagne est verte et fleurie ; les racines qui trempent
217
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dans le feu y puisent un suc merveilleux, ce ne sont
que roses, oranges et grappes, et Ton marche dans un
parfum si dense qu'il passe sur les visages comme
une écharpe.
Pompéi est une ville rouge et jaune, barbouillée
de vermillon et d'ocre. Sur les murs, des guirlandes
déroulent leurs festons et leurs volutes, et des
perspectives feintes ouvrent leurs arceaux et leurs
bocages. Ailleurs, ce sont des envols de nymphes, des
danses de satyres, des jeux d'amours, tout un peuple de
divinités familières pareilles aux abeilles de la ruche.
Les sujets se répètent à peine modifiés, on sent le
modèle et la copie. La ville entière semble décorée par un
atelier à la mode, en virgules de couleurs avec beaucoup
plus d'assurance que de maîtrise. Les peintures, à peine
exhumées, flétrissent et redeviennent cendre, tous ces
badinages sont usés comme des ailes de papillons derrière
les vitres du Muséum.
On dirait, à considérer l'ordonnance apprêtée de ces
œuvres, des tableaux vivants disposés sur les gradins d un
théâtre. Que la scène soit héroïque ou tendre, ce sont,
gracieusement posées, les belles Napolitaines et, nus, minces,
râblés, couleur- de fuchsia et miroitants de reflets, l'œil
inerte et métallique, les bouviers de la montagne.
Tout cela empreint d'un érotisme puéril qui aggrave
les nudités à l'aide de draperies glissantes, de nébrides
dégrafées, parant les académies de somptueux cothurnes
pour épicer un peu les cuisines amoureuses. Que d'herma-
phrodites s'étirant sur des lits capitonnés ou réveillés par
des satyres curieux, dont l'effroi et l'inquiétude ne
^&f<fr*mMïfâmm
paraissent pas véritables. Combien d'Hermès, de Termes,
combien de corps enroulés, agrippés, noués. Le plaisir paraissait
bien fade dans un temps où, toute licence étant admise, les désirs
satisfaits aussitôt que nés mouraient languissamment.
Ces images révèlent bien fortement l'usure d'une race qui
ne sait à quels dieux s'abandonner, ayant essayé de tout et
comblé la mesure des faiblesses. Regardez au Vatican ces figures préoccupées,
ennuyées ■ — que de lippes et que de moues - — grands nez, profondes rides,
doubles mentons, images de lucre et de cautèle, tour à tour le museau de
l'hyène et le groin du porc. Portraits de banquiers, d'affranchis, succombant
sous l'enflure d'une prodigieuse fortune.
Les matrones ne sont pas moins inquiétantes, gros yeux, larges joues et
frisures, ce sont des goules. Le corps est encore valide, mais l'âme est blette.
Ils sont tous voués aux mystères asiatiques, aux divinités molles et féroces
frottées de myrrhe et de sang, et la proie de leurs esclaves, surtout des
Grecs si alertes, diserts, élégamment corrompus, chargés d'objets précieux :
statues, vases, manuscrits inestimables.
Tout ce qui dans l'art romain est beau n'est qu'imitation de la Grèce;
les Romains sont d'excellents ouvriers, habiles aux ouvrages énormes,
déroulant à travers le globe les aqueducs infinis, entassant les cirques, les
panthéons pareils aux montagnes, déployant le tapis des mosaïques, tirant
des carrières une forêt de colonnes étincelantes. Mais leurs statues sont
mesquines, pauvres ; ils ont beau placer le visage affreusement fidèle sur un
corps héroïque, tailler l'image dans un marbre plus doux que la chair, dans
le basalte ou le porphyre rouge, l'œuvre est indigente et sans gloire.
Ils ne purent digérer ce monde qu'ils avaient dévoré et moururent sur
leurs richesses, rongés par cet ulcère asiatique ; c'est pourquoi beaucoup se
réfugièrent à Pompéi pour y réchauffer leurs os usés, parmi les vignobles
délicieux, sur ces pentes caressées par l'air salin. Dans l'atrium, l'eau
bouillonne froide et noire, un carré de ciel aveugle, les plantes rares étirent
leurs rameaux languissants, tout le reste est ombre, silence, quiétude; les
chiens et les perroquets se taisent. Seuls éclatent le rire d'un esclave cha-
touillé ou le tintement d'un pendant d'oreille qui se détache et bondit sur les
mosaïques.
La petite maison est pleine de masques hilares; il y a sur les stèles
des images burlesques qui amusent les bambins frisés et les lasses matrones,
et l'eau cachée bouillonne et roucoule comme un oiseau encagé.
Et sur toute cette vie secrète, moelleuse et chaude comme le cœur de la
rose, la mort soudaine, le grand feu écroulé en nappes rouges mêlé de
cendre et de lave.
Menus débris dans les vitrines, bijoux précieusement travaillés, por-
traits minuscules peints sur verre (encore ces vilaines figures aux grands
yeux inquiets), flacons de parfums en forme de cigales, boules de fard rose,
bagues précieuses où demeure l'os dénudé du doigt, verreries de toutes les
couleurs de l'iris, pareilles à des fleurs, petits amours dorés gravés sur des
miroirs... bibelots!
Ce sont des trésors mélancoliques ; mais plus que l'empreinte des corps
dans la cendre durcie, plus que les dépouilles des morts m'émeut l'usure
laissée à la margelle des fontaines par les mains de *ceux qui se penchaient
pour boire. Je pense que Pompéi est un des lieux du monde où la volupté
et la mort sont le plus étroitement liées et qu'il faut s'y rendre pour se sou-
venir et rêver. J'imagine la stupeur des premières découvertes quand les fosses
béantes rendirent leurs trésors, et j'en compose une gouache dans le goût
d'Hubert Robert. . — J'y vois des dames en grand habit, des savants et de
beaux prélats en robe rouge. On les abrite des feux du jour sous de grands
parasols un peu chinois et on leur présente des sorbets avec des révérences.
A leurs pieds, les travailleurs luisants de sueur et à demi sortis d'une cave
leur tendent des médailles, des vases ou quelque visage de marbre
empreint d une beauté immatérielle, et la scène est encadrée par de grands
arbres échevelés pareils à un faisceau de
plumes. Mais où sont ces richesses dont
parle le président De Brosses dans ses
Mémoireé sur " la ville souterraine
découverte à Ercolano " ? Où est le
temple rond aux colonnes précieuses et
le pavage de marbre jaune? Quelle
église, quel casino de cardinal ou quel
palais de courtisane s'enrichit de ces
dépouilles voluptueuses, aujourd'hui
émiettéesetperduespourla seconde fois.
George Barbier.
MANTEAU
COURT
PEAUX ET TOURRURES
contenant nuit croquis
oe manteaux appelés
manteaux trois -quarts
entièrement en cuir
MODÈLES CRÉÉS PAR LA
GAZETTE
BON TON
LA MODE ET LE BON TON
*^>*
T) eut-être aimez-vous la mode, c'est-à-dire
ce qui vient de paraître à la minute
même, et le changement est-il chez vous un
besoin quotidien ?
Moi, je suis tout l'opposé, je n'aime rien
tant que ce qui indique la personnalité de
chacune, dédaignant l'uniforme, aussi ai-je
une tendance à repousser d'emblée la mode.
Ce que je préfère, c'est porter avant les
autres une forme absolument inattendue,
que je n'ai pas vue sur ma voisine, au res-
taurant ou partout ailleurs. Or, vous en
conviendrez, nous traversons une phase en
opposition directe avec mes goûts, ce qui ne
m'empêche pas d'apprécier toute la grâce
de certains modèles, la préciosité des détails,
l'art déployé par nos artistes couturiers dans
le nombre incalculable de modèles qu'ils
nous soumettent chaque saison.
Je reviens de la compagne où, devant
tant de belles manifestations de la nature,
l'on devient difficile en ce qui concerne
formes et couleurs, et l'on ne se sent pas dis-
posé à admirer n'importe quoi ; or, mes
visites dans les grandes maisons m'ont ravie.
C'est sincèrement que je vous dis :
cet hiver nous propose des échappatoires à
ce qu'il est convenu d'appeler la Mode,
celle de tout le monde.
Ci vous choisissez l'un de ces tailleurs de
brocart de Smyrne gris sur rouge, ou un
velours de Smyrne écossais, vous aurez avec
la jaquette bridée à parements immenses,
et la jupe à plis d'un seul côté seulement,
une allure de Carpaccio qu'il sera difficile
d'égaler ; ce n'est plus là le costume banal.
De même que vous pourrez porter une
longue veste à la russe, bordée de fourrure,
peu aisée à recopier si vous la prenez dans
une grande maison.
La robe d'après-midi changera moins que
celle connue depuis deux saisons, mais on
aura la facilité de dissimuler sous une de
ces innombrables capes adaptées à chacune
des robes très légères, les genres les plus
variés de tissus : ceux-ci à tel point renou-
velés que vous n'auriez pour ainsi dire qu'à
vous draper dans l'un de ces damas laqués
pour vous trouver transformée en statue
indienne de la plus belle matière. De même,
avec les velours indiens aux tonalités neutres
et sombres mélangées vous n'obtiendrez que
des ensembles merveilleux.
+ *
a robe du soir offre cette particularité
d'être, cette saison, gainée comme jamais
elle ne le fut ; ou bien de pur style
Louis XIII, ou 3840. Le " gainé * nous
ramène à l'époque des * premières " sensa-
tionnelles de la grande Sarah : même ve-
lours à reflets d'or, mêmes bordures de four-
rure près du sol, mêmes ceintures de métal,
221
avec ou sans manches, forme qui rendra plus
belle la femme dont la ligne est dégagée,
sans lourdeur du côté des hanches. En den-
telle, cette robe sera belle : mais dentelle
d'or, d'argent ou de cuivre.
Sur ces combinaisons, qui ne sont que
rutilances, splendeurs de dessins d'or, les
manteaux seront d'inspiration vénitienne
ou orientale comme certains manteaux arabes
transposés en tissus métalliques au lieu de
laines.
A u point de vue purement technique,
je dois vous dire que l'ampleur est la
préoccupation de toute la gent
couturière ".
Celui-ci la met en éventail sur le devant
d'une jupe, l'autre la dispose sur un seul
côté d'une robe, fendue du haut en bas
depuis l'épaule ; un autre taille ses jupes
en forme tout autour, ou bien encore seu-
lement au bas de la ceinture infiniment
basse. Quant aux manteaux, on en voit de
dix-huit mètres de tour, en velours ou drap,
dans une quantité d'étoffes inattendues.
Mon impression personnelle est que cette
ampleur qu'il faut remettre en faveur puis-
que la mode doit se renouveler quand même,
n'est pas du tout ce que souhaiteront les
femmes au goût sûr et qui nous font la loi,
si l'on peut dire. J'ai l'impression que la
robe à " pagne ", enserrant fortement les
hanches, bien plus que nous ne l'avons
encore vu, avec le restant de la jupe
s'éventaillant ensuite en ampleur, voilà ce
qu'elles aimeront. Et, cela, tout simplement
parce que ce sera un moyen de plus de faire
voir une silhouette pure, un corps har-
monieux ! . . . Car, vous aurez beau offrir ceci
ou cela, retenez bien une chose : chaque
époque a subi le mouvement que deux ou
trois femmes ont donné à la mode de cette
époque.
Le corps ne se transforme pas par
les formes, mais bien les formes qui s'adap-
tent, coûte que coûte, aux corps de chaque
époque, j'en ai la conviction. Une étude
même superficielle de l'histoire de la statuaire
ou de la peinture vous convaincra rapide-
ment de ce que j'avance.
es doublures réapparaîtront en dou-
blures. Surtout, comme aux capes de nos
mères, le vison et le petit gris ; les autres
fourrures de fantaisie au nom impressionnant
réchaufferont des * dessus ' . souples en crêpe
léger et en mousseline brodée. Le veston
de loutre et d'astrakan rasé nous donnera,
pour le matin, des vestons courts et amples
à la mode romantique.
Plus ça change, plus c'est la même
chose I . . .
L. R. F.
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lication des Plâncnes HorS'-lexi
CONTENUES DANS LE NUMÉRO 7
^
**-
^u^>^
lanche 49. — Une robe du êolr, de Paul Poiret. Elle edt en
lamé argent avec une tunique en crêpe georgetle bleu brodé
argent et dlradd, et bordé de zibeline.
Planche 5o. — Un coétume de chadde à tir, de Kriegck.
Planche 5i. — La robe eét de Béer; c'edl une robe de voile ornée de
cocardeé en ruban. Le coétume eét de Larden. Leé épaulée du vedton dont
carréeà; le pantalon à pli codée dur le doulier ; le gilet, croidé, en piqué.
Planche 5s. — Une robe du doir, de Martial et Armand, ve lourd
noir et col de dentelle d'argent.
4*
Planche 53. — Deux chapeaux, de Camille Roger, l'un, de velourd
noir, padde de plumed d'autruche. Le toque t edt un drapé en ve lourd.
4*
Planche 5 4. — Robe de promenade, de Worth, en organdi brodé.
4*
Planche 55. — De Jeanne Lanvin : Une robe en vermeil blanc, col
dentelle d'argent légèrement rebrodé, cbouquellei de petite* rode* violineé dané
le baé de la robe. Et la petite robe d'enfant, en laffetaé violine, garnie aiuù
de peliteé roéeé brodée*.
4*4*4* 4*4*4*4*4*4*4*4*4*4*4*4*
138
4*
4*
4*
4*
4*
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4*
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4*
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'4fc: \
l
BANCO
ROBE DU SOIR, DE PAUL POIRET
gS*tR (y%
V° 7 de la Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Planche 49
ET D'UNE
COSTUME DE CHASSE, DE KRIEGCK
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A'° 7 de La Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Flanche 5,
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I
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»fH ', •>
Y
LES VACANCES AU CHATEAU
ou
I/INVITÉ TIMIDE
ROBE, DE BEER. COSTUME, DE LARSEN
N° 7 de la Gazette du Bon Ton.
Année IQ22. — Planche 51
UNE ROBE
DE MARTIAL ET ARMAND
N° 7 de la Gazette du Bon Ton. Année 1922. — Planche 52
V-
LES CINQ SENS
I. — L'ODORAT
CHAPEAUX, DE CAMILLE ROGER
^#» *
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JV° 7 & /# Gazette du Bon Ton,
Année 1Q22. — Planche 55
ROBE, DE WORTH
JV° 7 de la Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Planche 54
\$
LA ROSE DU JARDIN
ROBES, DE JEANNE LANVIN
N° 7 Je ta Gazette du Bon Ton.
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W'ME V:' *
Année 1922. — Planche 55
-Le oi
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MANTEAU EN PEAU GLACÉE
SOUPLE, BORDÉ DE SINGE
N° 7 de la Gazelle du Bon Ton
Année 1921. — Croquis XL IX.
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JL Jt/cureuil
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MANTEAU D'ANTILOPE
ET ÉCUREUIL
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N° 7 de la Gazelle du Bon Ton
Année 1Ç22. — Croquié L.
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MANTEAU DE RAT, BRODÉ
ET BORDÉ DE RENARD
N° 7 de la Gazette du Bon Ton
Année 1922. — Croquia LI.
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outre
MANTEAU EN CUIR BRODÉ,
DOUBLÉ DE LOUTRE
JV° 7 de la Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Croqu'u LU.
LaT
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MANTEAU EN TAUPE
ET PEAU DE CHAMOIS
yf-
N° 7 de la Gazette du Bon Tôt,
Année 1922. — CroquU LUI:
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«SMS M'
JO
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MANTEAU DE PEAU DE
MOUTON, DOUBLÉ ASTRAKAN
^° 7 de La Gazette du Bon Tori
Année 19*2. — Croquié LIV.
_La jC îbeïi
MANTEAU DE SUEDE
BORDÉ DE ZIBELINE
N° 7 de la Gazelle du Bon Ton
Année 1922. — Croauià LV>\
L'H
ermine
VESTE DE LOUTRE
GARNIE D'HERMINE
N° 7 5e /a Gazette du Bon Ton
Année 1922. — Croquis LVI.
pour paraître prochainement
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XXXI
LA
CITROËN
ET LES SPORTS
LE ROWING
XXXII
*-
LE
STATUE
d'OR
I
ra
TTéphaïstos, riche maître de forges et
AA directeur des inventions sous le
ministère Zeus, avait fabriqué, nous dit
Homère,un grand nombre de statues d'or,
semblables à des adolescents animés.
Elles possédaient la force, la pensée, la
voix. Étaient-elles capables d'amour?
Homère est muet sur ce point. Mais je
croirais volontiers que non : car nos bel-
les automates avaient, en même temps
que l'éclat de l'or,sa franchise légendaire
et son inaltérabilité. Or l'amour, comme
chacun de nous en a pu juger par sa
propre expérience, ne se nourrit que de
changement et de mensonge.
Après la chute du gouvernement
olympien, que devinrent ces créatures
divines? Il était naturel de penser
qu'elles avaient partagé le sort de leur
maître et vivaient en exil, dans quelque
canton inaccessible de l'univers. Il n'en
est rien. Elles n'ont point quitté la terre.
Et la preuve, c'est que, l'autre soir, j'ai
retrouvé trois d'entre elles.
229
Copyright October 1922, by Lucien Vogel, Paris.
■■■:
C'était dans une de ces immenses volières, ou pour em-
ployer l'expression consacrée, dans un de ces immenses salons,
comme on n'en voit plus guère que dans les films. Mes trois
statues d'or venaient de faire, comme l'on dit, une entrée
sensationnelle. On chuchotait:
— Les trois sœurs Murray . . .
— Ah! Ce sont là les fameuses robes en lamé d'or? La
trouvaille de la saison?
A l'heure du tango, elles dansèrent, vivantes pépites. Je dois
230
dire que pour des statues elles s'en tirèrent fort bien, avec cette
nerveuse raideur qui donne aux danseurs d'à présent un air
de somnambules passionnés. L'industrieux Héphaïstos avait
prévu le tango parmi les mouvements variés dont il avait doué
leur mécanisme intérieur. C'est égal, à la place de leurs cava-
liers, j'aurais été bien mal à mon aise. Après avoir tenu dans
mes bras l'un de ces placers, Alaska, Pactole ou Californie,
j'aurais souffert de ne pouvoir les emporter chez moi, soit pour
en battre monnaie, soit pour tel autre usage que m'eussent
231
inspiré les circonstances. Ou encore
j'aurais eu peur d'être soudain frappé
de la même folie que le roi Midas et de
ne plus pouvoir toucher, ne fût-ce qu'un
sandwiche, sans crainte de le voir se
muer en un pain d'or, avec, au milieu,
une appétissante tranche de rubis.
Mon ami l'ambassadeur d'Utopie,
auprès de moi, roulait des pensées non
moins sombres.
— Il me semble, murmurait-il, voir
ruisseler sur leurs épaules et autour de
leurs reins toute l'encaisse métallique
de la Reichsbank. Dire qu'il suffirait de
l'une de ces robes pour remonter les
finances de ma pauvre république
d'Utopie, dont la monnaie, comme
vous le savez, a été si dépréciée par la
guerre: il faut mille couronnes utopien-
nes pour faire un rouble. Jugez-en . . .
Et pendant que tournaient lentement
les précieux objets ou tant d'or se relève en
bosse je me disais que l'un et l'autre, le
poète impécunieux et le diplomate
dédoré, dans notre envieuse contem-
plation de ces chefs d'œuvre d'un dieu
qui, entre nous, n'est peut-être que le
dieu Dollar, nous figurions assez bien le
pauvre hère de la fable, qui devant le sou-
pirail d'un rôtisseur mangeait son pain
à la fumée des victuailles impossibles.
Georges Armand Masson.
232 .
\
V- v ~K
\
'^^■-.Jy.- *
\
1_J XJl
POUDRE
ET
LES BALS
Quand on est presque nue, au bal, la grande question
jusqu'à ce jour était le petit problème d'élégance
féminine : comment porter la poudre ? On peut dire
que tout ce qu'il y a de fine fleur sortie de nos meil-
leures écoles techniques avait pâli sur la question.
Epures sur épures, plans, projets, combinaisons où
l'ingéniosité du dispositif le disputait à la richesse de
la présentation, tout ce qu'on avait trouvé n'était que
perfectionnement du nécessaire à poudre, qui n'était
lui-même qu'erreur fondamentale.
Faute de l'avoir envisagé d'un esprit
suffisamment libre d'imitation, personne,
jusqu'ici, n'avait résolu, pour le soir,
comme il fallait, le problème du néces-
saire — par la suppression du nécessaire.
La poudre et la houpette
sont contenues dans une
petite boîte fixée sur une
des branches de l'éven-
tail. Pendant à l'extré-
mité des cordons: les bâ-
tons de rouge et de noir.
*33
xrv^ * ?
Loin de nous d'instruire
le procès du charmant bijou,
dont l'existea ce n'est pas atta-
quée, certes : quinze autres
occasions que les soirées au bal,
ou vraiment il ne convient
pas, lui fourniront l'occasion
de briller. Mais est-ce notre
faute si deux ou trois sérieux
Boîtes à poudre
ménagées dans
l'épaisseur de
longs bracelets.
Miroir dans
le couvercle
de la boîte.
234
En haut : Boîtes à poudre
suspendues à un long penden-
tif que traversent, à hauteur
de la poitrine, deux barrettes
contenant le rouge et le noir.
En bas; Boîte à poudre
montée sur un gantelet.
inconvénients plaident d'eux-
mêmes contre lui.
D'abord son principe
même : Le nécessaire est fait
pour être tenu à la main, et
quand on danse on sait qu'il
faut avoir le corps libre et les
mains premièrement. Un ob-
jet, même minuscule, même
infiniment joli et précieux, balancé au bout d'une chaîne . . .
les anges, à cette vue, ]e vous jure, se voilent la face.
Laissez votre nécessaire sur la table quand vous partez
en musique : oublieuse comme vous Têtes et tenant si peu
aux richesses, vous l'oublierez, f en suis certain. Et il y a des
gens dans le besoin partout et particulièrement dans les
dancings.
Le mieux, c'est que vous regardiez les idées ci-contre, et
les montriez à votre joaillier.
Celio.
)
Nécessaire trois -pans con-
tenant la glace et deux
pochettes à poudre. Replié,
le bâton de rouge en assure
la fermeture. Ce nécessaire
n'est pas destiné à être tenu
à la main, mais, par un cro-
chet, suspendu a la ceinture.
.
236
LES
FICHUS
Oue la Mode soit, comme
on Ta prétendu, une véri-
table souveraine, vive Dieu,
ce n'est pas moi qui contre-
dirai à cela, mais alors elle
Test à la manière des plus
illustres: Catherine, Marie-
Thérèse et cette Nitocris de
qui j'entreprendrai quelque
jour d'écrire l'histoire; c'est
par le fougueux caprice
qu'elle règne. De princesse
l57
plus folâtre qu'elle, on
n'en connait pas. Sa
cour ... la fantaisie y par-
tage avec elle le pouvoir;
le Plaisir aux joues en-
flammées, en justau-
corps de velours, tenant
la main de la reine en
robe de brocart d'or, y
domine sous un blanc
dais d'hermine la foule
sujette éclatant en longs
cris d'amour. Des fastes
et des fêtes ... les nuits trans-
formées en jours ... les arrivées
d'ambassades croisant conti-
nuellement sur la mosaïque des
salles d'honneur les départs
d'ambassades... Et puis, d'al-
tiers caprices : le courtisan d'au-
jourd'hui tiré de l'ombre par
une royale main et se mettant
incontinent à resplendir; le fa-
vori d'hier, banni, recevant de
238
^^
la même main qui lui
prodigua les faveurs sa
froide disgrâce... De
brillantes injustices
commises ; des exils
réparés avec éclat ; des
erreurs fertiles , des
trouvailles de génie, des
absurdités tant qu'on
en veut, des idées, des
audaces , mille folies . . .
Ainsi s'exerce l'empire
de la mode.
Ainsi un ordre d'elle rappelle
le fichu qui, retiré sur les terres
d'où il tire son origine, avait con-
servé uniquement la fidélité de
quelques villageoises. Un jour,
sa retraite est découverte; on
s'empare de lui, on le réhabilite,
on le ramène en triomphe. Il
n'est pas plutôt reparu que c'est
un ravissement général: Qu'il
est charmant! Voyez son air
239
coquet ; quelque chose de naïf et de fier à la fois indique sa
rustique origine. Son succès est assuré.
Et toi, Mode amoureuse du seul nouveau, tu le vois, tu
l'encourages; déjà l'accompagne le murmure flatteur qui est,
au pied des trônes, l'indistinct écho de la faveur. Allons, le
fichu sera à la mode, cette année.
Siki.
240
LA FEMME
TRIOMPHANTE
UN DROIT SACRÉ
A femme a le droit d'être triomphante. Elle est un être si charmant, si
-*-* séduisant, si indispensable à l'homme, dont elle fait le bonheur et
les délices. " De la Chine jusqu'au Pérou " (comme disent les classiques
modernes), Madame et Mademoiselle cheminent la route étoilée, en faisant
de nombreuses conquêtes. Si les explorateurs intrépides pouvaient nous
découvrir les deux extrémités polaires, ils y trouveraient, sans aucun doute,
des charmeuses. Admettons que la science exige que ces messieurs s'occupent
de questions géographiques — et peu intéressantes. Pour nous autres, la
femme qui sait triompher n'est-elle pas suffisamment scientifique ?
Quel sera le but de ce triomphe ? Le mariage ? L'amour ? Ou tous les
deux ; la belle et désirable combinaison ? 11 ne faut pas demander trop des
dieux, qui sont jaloux, si on peut faire crédit à Papageno dans l'exquise
Mute Enchantée". Ces immortels ne veulent pas gaspiller leurs cadeaux:
241
— " ne soyez pas glouton " vous diraient les puissants. Alors pour
ne pas être vorace, avouons que le mariage est le triomphe final
de la femme.
LA BEAUTÉ DAIGNE
La façon de triompher, ou de s'assurrer le triomphe, varie
selon le pays. En France, contrée de filles délicieuses, Monsieur
est incapable de vivre seul. Chaque enchanteresse n'a qu'à choisir
un des quelques partis éligibles qui sont déjà à ses jolis pieds ; et
puisqu'il y a plus de femmes que d'hommes, tous les garçons
pensent se ranger. Les moqueurs parlent dç " la chasse à
l'homme"; ils félicitent même la jeune fille à marier qui est en
train de rendre heureux le soupirant choisi. C'est à ce dernier
que l'on devrait faire ses félicitations et ses compliments. C'est
lui qui a de la chance.
On regrette vivement que les femmes françaises surpassent
en nombre les hommes, que tant de belles filles soient destinées
\é
à rester de lis'7. Cruauté raffinée; métier peu digne d'envie. Vraiment, le
mahométisme, qui permet à ses disciples quatre épouses, mérite la considéra-
tion. Celui qui jure par le Prophète ne manque pas de cueillir les fines
fleurs de l'humanité féminine. Par conséquent, Fatima, voluptueuse et
fascinatrice, ne languit jamais. Chaque Mustapha remplit son harem.
En Angleterre on discute beaucoup la "chasse à l'homme", et avec
ironie... " My dear, shes canght a man? And at her âge! Just fancyf..." C'est
méchant de parler ainsi, car, n'importe l'âge de l'heureuse nommée, elle a,
tout probablement, d'excellentes qualités. "La beauté n'est qu'à la surface,
6 vieilles filles désappointées..."
L'ÉCHANTILLONNAGE GALLOIS
Chaque contrée a ses méthodes matrimoniales. Au pays de Galles, le
home de M, Lloyd George, les paysannes acceptent très volontiers une
proposition curieuse et pratique... "Tu me plais", dit David ou Evan, à
la bien-aimée, "mais je ne veux pas t'épouser sans t'essayer " . . . A la fin de
quelques semaines les jeunes gens sont en mesure de savoir s'ils ont des
affinités, ou non. Le Bon Dieu ayant ordonné que Fessai a réussi, le prêtre
prononce la bénédiction nuptiale — et l'épouse a vraiment triomphé. Si, au
contraire, le duo d'amour a été interrompu par la discorde, le couple mal
assorti brise la chaîne temporaire. Bien que les Gallois soient excessivement
pieux, ils sont, surtout, judicieux...
♦
Aux Indes Orientales, il existe une race qui n'est ni anglaise ni indienne,
et qui est classée officiellement de half -caste. Ces pauvres pariahs sont sans
cerveau, mais cela n'empêche pas les pensées d'un ménage à deux. Se marier,
c'est l'idée fixe de Mademoiselle ; elle rêve au beau projet et aux petits
qu'elle mettra au monde. Monsieur l'élu n'est pas disposé à lui faire plaisir;
il ne sait pas gagner son pain, et il n'a que dix-huit ans. Néamoins Zilla
insiste , en forçant sa supplication par des larmes abondantes et des caresses
longues et ardentes. Le jeune homme capitule 5 la fiancée triomphe.
UN CUPIDON AU VENT
En Hollande les moulins à vent assistent aux fiançailles, ils jouent le
rôle de Cupidon. Les filles éperdues d'amour se placent au-dessous des ailes
et demandent (au nom de Vénus) que le vent, qui frappe les voiles, leur fassent
savoir à qui elles doivent confier leur cœur... "Vous me dites que le brave
Anton a un béguin pour moi ! 11 est le coq du village et un mynheer sans
pareil ? Il a du charme et des biens ! Je céderai un peu !.." La câline le fait,
tout modestement, et les cloches sonnent joyeusement. Triomphe complet
de la petite Flamande.
Les descendantes des Hollandais qui
habitent le veldt de Sud-Afrique sont plutôt
calculatrices que romantiques. La fille de la
vrow, musculeuse et déterminée, après s'être
renseignée, courtise un fermier. Le Boer est
flatté ; il perd la tête — et la liberté.
C'est ainsi, donc, que les femmes
(que Dieu les bénisse) sont triom-
phantes partout. Oui, par Eros !
George Cecil.
*$
C.8(KieiEll ^2.^
Velours et Lamé
Oela est singulier , les velours rouges ou bien grenat , cou-
leur de rubis ou couleur de sang, ainsi que les damas d'or
où semblent être tissés dans l'étoffe des soleils qui auraient
lui il y a nombre d'années, sur l'Adriatique, des soleils
anciens et comme ternis, le toucher de ces étoffes éveille en
moi des impressions datant probablement d'une autre vie
plus brillante que celle-ci, où fêtais sans doute magnifique-
ment vêtu: doge ou condottiere; je penche pour condottiere.
245
Une âme violente et jalouse regrette en moi, habitante
d'un corps trop soigneux de sa conservation, une enveloppe
plus cavalière d'où elle dut être expulsée brutalement par la
pointe d'une épée; puis on jeta le cadavre à la lagune tandis
que l'âme, après un petit séjour dans le néant, devait m'être
octroyée pour une nouvelle incarnation.
Voilà pourquoi j'ai des souvenirs, vagues mais étincelants,
d'éclairs d'épées jaillissant soudain dans l'obscurité ; voilà
pourquoi je me retrouve, de nuit, dans l'ombre portée par
les balcons sur le sol ; je sens même
sur mon visage le petit souffle de ces
nuits-là . . . Entreprises de vengeance ?. .
d'amour ?. . Plût au ciel que je ne me
fusse jamais livré à de moins avouables
embuscades ...
Dieu sait les crimes que j'ai bien pu
commettre, dans ces conditions, durant
mon existence soldatesque dont j'ai
été remis sur terre, certainement, pour
expier dans les pacifiques travaux du
journalisme de modes, les péchés, car
il faut que tout se paye.
Si vous voulez mon sentiment, cette
seconde incarnation est loin de valoir
la première : Fépoque, d'abord,
qui a perdu la grandeur, où tout
est rapetissé, rétréci,
notamment la morale.
246
Il n'y a moyen de rien faire. On traque l'individualiste et on
l'empêche d'accomplir de grandes choses.
Quand les poignards et les épées se promenaient dans la
rue au côté des passants, il y avait du mérite à aborder un
homme, à désirer une femme. C'est alors qu'il fallait avoir
l'œil clair, le geste prompt. Le danger aiguisait l'esprit
comme il déliait la main ; la vie n'a pas retrouvé depuis cette
saveur drue, cette volupté rapide qui en faisaient le prix.
H-7
Et je me retrouve après cela en petit veston de teinte
sobre, moi qui lis encore dans mon compatriote Casanova
la description de nos riches habite de velours brodé d'or;
comment voulez -vous que je ne regrette pas le temps où
j'étais peut-être spadassin à gages, mais armé d'une rapière
au lieu du chétif porte-plume dont je signe:
Vaudreuil.
248
*:
IJn soulier de femme, et brillant, achevé, net, poli,
dessinant de la pointe du pied à la base du talon une ligne
cambrée souverainement où doit se poser sans la faire plier,
sur cette voûte, le poids du corps d'une jolie femme, c'est le
plus délicat objet qu'il soit donné à un homme de tenir dans
ses mains.
Comment ne pas aimer pour eux-mêmes de véritables
249
bijoux où la pureté de la
ligne longtemps cherchée,
obtenue à coups d'épurés,
fait ressortir la richesse des
matériaux employés , qui
à leur tour suivent harmo-
nieusement dans ses ondu-
lations subtiles la courbe
minutieusement calculée ?
Un bottier existe, qui
possède les secrets des fées
et la clientèle des fées, sans
préjudice de celle des Amé-
ricaines et des plus élégan-
tes parmi nos belles amies,
car la clientèle des fées,
c'est très joli, mais il faut
DAGOBERT
Soulier de cour al-
ant avec une robe
de caractère. C'est
n lamé patiné et un
chevreau vieil or.
GITANE -Sou
de visite en antik
incrustée de ban
de vernis noir,c
une bande se
bat sur le desti
250
TRIBOU LET
Mule de forme très
allongée. Une corde-
lière lâche en tresse
d'or passe sans le ser-
rer autour du pied.
OULE de NEIGE
ntièrement de sa-
h blanc ; incrusté
! petits brillants ;
i boule de strass
uant sur le pied.
songer au solide. Il tient de
l'orfèvre pour le caractère
précieux de ses créations,
du potier pour l'élégance de
leur forme. On se demande
même s'il n'est pas autant
potier que bottier.
C'est Pérugia. Il modèle
de ses ingénieuses mains des
souliers qui ont la légèreté
palpitante de l'oiseau, la
blancheur du cygne — et où
l'Amour dans un tout petit
espace de satin rose se blot-
tit.. . "À l'Amour bottier "
voilà quelle devrait être
l'enseigne de sa maison.
251
N E M RO D
O U
LE DEPART POUR LA CHASSE
Costume de chasse, de Larse
N
252
DESCRIPTION
ET EXPLICATION
DES PLANCHES HORS-TEXTE
ET
PAGES DE CROQUIS
M
PLANCHES HORS -TEXTE
Planche 56. — Deux chapeaux, de Camille Roger, l'un en velours
écaille blonde garni d'un canard de même couleur ; l'autre , en
velours également, à voilette, et portant une pomme de pin en ruban.
Pl. 57. — Costumes veston, de Larsen.
Pl. 58. — Le manteau à col-écharpe de kolinsky est de Martial
et Armand. Une demi-cape lui donne son aspect assymétrique. La
redingote, velours au col et aux parements, est de Lus et Befve.
Pl. 59. — Une robe du soir, de Paul Poiret, en velours noir et col
de skungs.
255
Pl. 60. — De Worth, deux robes pour le soir: l'une en crêpe
georgette noir perlé posé sur un fourreau lamé d'or; l'autre, drapée,
en lamé d'or, ceinture de pierreries et ruban de taffetas rose.
Pl. 61. - Une robe, et un manteau d'enfant, de Jeanne Lanvin. La
robe est en crêpe de chine, avec manteau en lainage, l'une et l'autre
incrustés et brodés noir et blanc. L'enfant porte un manteau en velours
de coton bordé de blanc.
Pl. 62. — Une robe, de Madeleine Vionnet.
Pl. 63. — De Béer, une robe d'après-midi, en crêpe; col, manchet-
tes et ceinture en mousseline ornée de dentelle d'or.
RECTO DES PAGES DE CROQUIS
CONTENUES DANS CE FASCICULE
(Modèles de LA GAZETTE)
Ces huit croquis font voir le parti que la mode peut tirer des figures
géométriques. Robes d'après-midi, robes du soir et manteaux , chacun
de nos dessins s'inspire d'un parti pris linéaire communiquant au modèle
la sûre élégance des lignes élémentaires: bandes, pointes, festons,
triangles, courbes et chevrons.
254
VERSO DES PAGES DE CROQUIS
(Modèles de LA GAZETTE)
N° I. Cravates de chasse. — Fig. i, la cravate est serrée autour
du cou au moyen d'un ruban qui passe dans une boutonnière et vient
se nouer sur la cravate. — 2, cravate plissée. — 3, cravate en fourrure
retenue par une bague. — 4, composée de deux pièces : une pièce autour
du cou destinée à attacher par son milieu la cravate proprement dite.
N° II. Bracelets et bracelets-montres. Cette page est inspirée
par les cordages et les nœuds usités dans la marine. Tous ces modèles
sont conçus pour être exécutés en or. — Fig. 1 , bracelet-boîte à poudre
en corde d'or combinée avec le ruban. — 2 et 3, bracelets -montre. —
4, 5 et 6, bracelets faits de cordes d'or, nouées, retenant et entrelaçant
des pierres noires ou rouge foncé.
N° III. Le sac a main. — Fig. 1, ceinture aumonière à porter sur
une robe-rnanteau ; daim noir ; monogramme rubis et brillants. —
2, sac rond, en cuir, extra-plat; on peut le tenir par le gland. —
3, bourse en cuir souple, lanière et gland en cuir, — 4, sac en phoque
plissé dans le haut, fermoir gaîné, poches sur le côté. — 5, sac de moire
noire liseré d'argent, bracelet en argent.
N° IV. Briquets- automatiques. — Fig. 1 , briquet de gousset en
or, ornement en émail cloisonné. — 2 et 3, argent niellé. — 4, or. —
5, bronze incrusté d'or ; les têtes sont d'émail. — 6, extra-plat ; émail;
cadre et ornement en or incrusté.
N° V. Parapluies. — Manches et bouts de parapluies , en bois,
inspirés de l'art nègre, océanien, incas. Fétiches, objets usuels, sculp-
tures de toutes sortes peuvent servir à imaginer de très curieux manches,
gros, bien en main et très originaux.
255
N° VI, Peignes. — Modèles influencés par l'art russe, et parti-
culièrement par ces peignes que les paysans russes du Nord travaillaient
au couteau dans les défenses des morses. A exécuter en nacre et en ivoire.
N° VIL Les gants. — Fig. 1, gant en peau retenu deux fois, au
poignet, par des cordelières. -—2, gant à crispin, monogramme sur le
dos de la main. — 5, liserés de peau d'une autre couleur dépassant sur
un gant de peau. — 4 et 5, forme gantelet d'armure. — 6, revers d'une
autre couleur, retournant sur le gant. — 7, gant à crevés.
N° VIII. Liseuses et bonnets. — Fig. 1, bonnet de nuit étoile,
en dentelle au crochet, deux plissés de lingerie au bord. — 2, bonnet
du matin en batiste festonnée ; le bord forme cocarde; au centre, petite
cocarde ; bride de ruban. — 3, liseuse en batiste de fil entièrement
plissée bordée valenciennes tuyautée. — 4, bonnet batiste bordé d'un
feston ; la bande du dessus de la tête est repliée et se retourne sur elle-
même' - 5, tête de lit Louis XIII en batiste tuyautée non empesée.
#
256
LES CINQ SENS
LE GOUT
CHAPEAUX, DE CAMILLE ROGER
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Planche 56
\
u
NEUF HEURES... IL FAUT QUE JE RENTRE DINER
COSTUMES VESTON, DE LARSEN
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Planche 57
y •>£
t
m^y
*)1
"ON SE REVERRA, J'ESPERE...
MANTEAU, DE MARTIAL ET ARMAND. REDINGOTE, DE LUS ET REFVE
N° 8 de la Gazette
Année 1922. — Plandie 58
LA BELLE AFFLIGÉE
ROBE DU SOIR, DE PAUL POIRET
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Planche 59
VESPER
ROBES DU SOIR, DE WORTH
N° 8 de La Gazette
Année 1922, *- Planche 60
L'ENFANT
ROBE, ET MANTEAU
N° 8 de la Gazette
NADE
ANNE LANVIN
Année 1922. — Plandie 61
UNE ROBE DE MADELEINE VIONNET
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Planche 62
LA PROMENEUSE MÉLANCOLIQUE^
ROBE D'APRÈS-MIDI, DE BEER
/
Iti
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Planche 63
^^m^t
N° 8 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° I
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N° II
B R A C E L E T S ET BRACELETS-MO N T R E S
ni il il iiiiniii iiiiiii i iiiiiwmBmiBimninBMiimmii i ■ rrnr-iirnmni imiii w
i ffmi
J$ l^tf
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N" III
\
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N° IV
BRIQUETS
UTOMATIQUES
F/ a. 7
Fi g. (9.
F/g. 2
FJg.3
VTO
F7g.Jf
EûS
1$
jV° 8 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N" V
M AN C H E S
D E
PARAPLUIES
JV° S de La Gazette
■
Année 1922. — Croquis N° VI
PEIGNES EN NACRE ET IVOIRE
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N° VII
LES
G A N T S
D E
L E A
U
F/cyJ
y/'.
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Mg. 5
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Ftcy ^
Ficy. G
N°8deLa Gazette
Année 1922. — Croquis N° VIII
L I
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S
T
BONNET
^
'£ -Il v
LES ROBES ASYMÉTRIQUES
^l/ous allez vous moquer de moi et me taxer de pédantisme.
Mais tant pis, il faut que je vous le dise : votre robe me
rappelle un passage de Xénophon, dans ses " Économiques ".
Voilà, je l'avais bien prédit, vous trouvez que c'est ridicule
et que pour trouver un rapport entre vos robes et les
Economiques, il faut vraiment n'avoir jamais jeté les yeux
sur une facture de votre couturier. C'est votre faute, aussi!
Pourquoi vous plaisez -vous à jeter dans votre costume un défi
aux traditions* sacro-saintes de l'esthétique ? Mon Xénophon
n'était pas seulement un brillant officier de cavalerie, c'était
un homme de sens, qui avait des idées sur l'art, peut-être
même sur la mode. Son goût vous paraîtra peut-être assez
pompier : de son temps, le grand chic était de s'habiller à la
257
Copyright November 1922, by Lucien Vogel, Paris.
Raymond Duncan, ce qui est terrible-
ment vieux jeu. Pour ce qui est de l'art,
il faisait grand cas de Tordre et de la
régularité , prétendant que "les objets
paraissent beaux quand ils sont disposés
avec symétrie". C'était sa marotte ; il
n'avait que ce mot à la bouche. "La
belle chose à voir, s'écriait-il, que des
chaussures bien rangées selon leur
espèce ! La belle chose que des couver-
tures ! La belle chose que des vases
d'airain! Labelle chose que des casseroles
rangées avec intelligence et symétrie".
Votre robe et ses manches contra-
dictoires, celle-ci ajustée, celle-là
" kimono ", l'une qui dit
blanc, l'autre qui dit
noir, eussent étonné ce
militaire.
De nos jours, le culte
de la symétrie ne se ren-
contre plus que dans le
cœur ingénu des capi-
taines d'habillement.
Pour mieux dire,la notion
de symétrie a changé de
caractère. Ce que nous
entendons aujourd'hui
par symétrie, ce n'est
plus, comme jadis, si vous
258 .
me passez ce vocabulaire bien abstrait,
l'exacte balance d'un motif donné de
chaque côté d'un axe médian. La
symétrie que nous aimons se nommerait
mieux "équilibre". Ses lois sont plus
mystérieuses. Plus de "pendants "mais
un jeu compliqué d'échos et de "corres-
pondances". Les lignes, les couleurs
et les volumes ne se répètent plus, ils
se "répondent" dans une ténébreuse et
profonde unité.
Nul arbitraire : l'arbitraire est le
contraire de l'art. Mais une sorte
d'ordre intérieur qui ne se livre pas du
premier coup et qu'il faut découvrir
§ w«*rï a n
i-*yi
i^i
^r
Wkz
par un effort conjugué
de la raison et de la bonne
volonté.
L'art d'aujourd'hui est
plein de coquetterie. Il
est taquin, il est cachot-
tier. Il ne donne plus
le plaisir gratuitement,
mais comme, en quelque
manière, une prime
d'assiduité. Les artistes
s'ingénient à mettre en
lieu sûr le sens de leur
œuvre et lui construisent
un abri bétonné. Pour
259
trouver ce que veut dire un poème moderne, il faut travailler,
prendre de la peine, creuser, creuser sans cesse. Et quand on
a bien creusé, on ne trouve rien. Seulement, dame ! ce rien
là, c'est quelque chose !
Je m'égare, mais ne me jugez pas chimérique si je cherche
à découper dans votre robe une philosophie de l'art. Songez
plutôt à ce que serait l'entreprise inverse : de tailler une robe
dans de la philosophie. On n'en était pas loin, il y a deux ans
et l'on y reviendra peut-être. Les dis-
ciples de Diogène ^^k^1 s'habillaient ex-
clusivement de
Si nous lancions
vous irait à mer-
trous et dedignité.
cette mode, qui
veille ?
G. A.Masson.
260
/3H**u.
COQUETTERIE FÉMININE
MÉTHODES MALAISES
f\® parle de " l'éternel féminin7'; mais l'éternelle coquetterie est encore
^^ plus répandue. Les descendantes d'Astarté, de la Reine de Saba,
d'Isolde, de la Reine Elizabeth d'Angleterre, de Madame de Montespan et
de la séduisante Lola Montez (dont les brillants attraits faisaient les délices
de Napoléon III) ne négligent jamais de s'embellir/ Peu importe le pays,
la chaleur ou le froid, ces dames ne demandent pas mieux que d'augmenter
leur beauté naturelle. Et très souvent les artifices dont elles se servent
demandent un grand effort d'imagination, surtout en Orient.
Dans la péninsule malaise, par exemple, la comédienne tâche de se
donner un teint européen... "Loin de moi le jaune",
dit-elle à sa petite glace, qui, n'étant qu'à moitié
étamée, est très trompeuse. "Pour épater le directeur,
qui m'a promis — sur les tombeaux de ses ancêtres
jaunes — de m'accorder sa protection, il me faut
absolument une couleur de roses et d'ivoire ! . ." La
blancheur liquide sort d'un joli pot nacré, le fluide
261
T^T-Rrr^rarN]
rosé d'un autre. La sauvage imagi-
native exagère le blanc et le rouge,
car elle n'est pas capable de trouver
le juste milieu. Quand le directeur
fidèle à sa parole approche la divinité
pour lui prouver la protection pro-
mise, elle prie Monsieur de se " méfier
de la peinture "... La taquine . . .
Les lèvres de Mademoiselle
sont couleur de sang, et la pom-
made est mélangée avec un peu
de sucre. " Tu cKhai la bocca dolce pin del miele " disait Don Juan (selon Da
Ponte) à un de ses nombreux flirts. Le Don Juan malais est également
partisan du sucre de la vie . . .
TOUJOURS DES FLEURS
Les jeunes filles à marier de la Birmanie ne favorisent pas le maquillage.
' Les brunes sont si chic " dit un proverbe de l'Orient ; et les indigènes
n'osent pas modifier ce dicton inspiré par l'originalité de l'Est. Conséquem-
ment, Ma Chit est contente de poser derrière sa petite oreille une fleur
exotique et gigantesque, et de porter dans sa main bien modelée, un lotus.
Si la belle veut paraître très virginale,
pour mieux faire la conquête d'un
riche voluptueux, elle cache ses tresses
d'ébène sous une cascade de ces fleurs
saintes. Les dames qui, pour gagner
leur pain, accueillent les messieurs qui
n'ont pas été formellement présentés,
font parade de rubis magnifiques —
mais très mal montés ..." Tiens.
Elle est bien garnie : il faut être
généreux ". . . Telle est la pensée de
^^-^ l'admirateur d'occasion ; quoique les
2b2
roupies lui soient très précieuses, il
sait jouer le rôle de parfait gentil-
homme malais. Un véritable homme
du monde . . .
Les femmes de Ceylan, île em-
baumée, île d'enchantement, croient
à l'efficacité de l'huile de coco pour
inspirer le désir. Non seulement
comme onguent pour les cheveux,
qui sont littéralement imprégnés
de ce produit oléagineux. De la tête
jusqu'aux pieds, la charmeuse au teint de chocolat s'en sature ; et son amant
de cœur proclame que l'huile de coco est plus attrayante que les bijoux
d'une couronne. Embellissement à bon marché ; pour se rendre irrésistible,
la bien-aimée n'a qu'à dépenser quelques petits sous. En Europe, augmenter
la beauté est chose plus onéreuse.
La Ceylanaise enjolilée a un autre béguin : le peigne, qui est d'une
immense hauteur. L'obligeante tortue de son pays natal donne — bon gré
malgré — beaucoup d'écaillé ; l'adroit artisan façonne des peignes à merveille.
Le plus blasé "mangeur de femmes" succombe devant ce chef-d'œuvre.
LOBES ALLONGÉS
A l'Est de l'Afrique, on voit des
modes et des bijoux extrêmement
curieux. Dans la région peu connue
où les sauvages gloutons font en-
graisser les bons missionnaires avant
de les manger, la plus belle est celle
qui a les lobes d'oreilles les plus
allongés et la jupe (d'herbe) la plus
courte. La pimpante africaine attache
à ses oreilles de formidables poids
afin que les lobes soient entraînés en
\ ?/
-•65
bas ; et si quelque Nélusko trouve la
robe d'une Sélika trop longue — quoi-
qu'elle se termine tout brusquement aux
cuisses — la docile jeune barbare l'abrège
encore. Personne au monde n'est plus
complaisant que Mademoiselle Sélika.
♦
O Ul- E D
L'écrin de la féroce enchanteresse
est rempli de colliers et de bracelets
innombrables ; car ils sont la dot avec
laquelle attraper le fils d'un chef de
clan. Au lieu des pierres précieuses, la dotée se sert des dents humaines . . .
Ces pauvres missionnaires . . .
LES YEUX INDIENS
La nature libérale a doué l'Indienne d'yeux délicieusement larges et
limpides. Néanmoins, Moti salit les paupières, en haut et en bas, avec du
kohl, espèce de graisse noire. Maquillés ainsi, les clignements d'yeux de
Moti ravissent les sens du Rajah. Une toute petite œillade et le Potentat —
son âme troublée — donne à la séductrice une bague de narine ou un joli
châle de Dacca. La toute belle enveloppe sa gracieuse silhouette de la fine
mousseline tramée d'or, et fait trembler ses jambes. Les seins se mettent
en mouvement ; les corps, bien souple, s'incline ; les mains délicates caressent
la volumineuse barbe du Rajah. Con-
quête de son Altesse, triomphe de la
coquetterie indienne.
♦ ♦
Les Fatimas turques ont mis à
l'étude l'art de séduire l'homme ; pour
lui faire plaisir elles s'engraissent. Les
Ouled-Naïl de l'Egypte se font maigrir
en dansant continuellement . . .
George Cecil.
264
LES
CHAPEAUX
PLIANTS
J^e moment où j'aime le plus les chapeaux des femmes, c'est
quand elles les enlèvent — les robes aussi ; la tête que je
trouve qu'ils coiffent avec le plus d'inexprimable grâce, c'est
une tête de Napoléon, en plâtre, qui est sur une cheminée,
chez moi.
Ce n'est pas que je né puisse traiter avec compétence et
gravité des choses de la Mode : ainsi de ces chapeaux qui se
plient, dont j'ai mission aujourd'hui de dire ce que c'est. Très
simple, vous allez voir : Tout le monde sait faire les cocottes
en papier (vous pliez une feuille en quatre, vous rabattez
265
Le même chapeau, en
peau de daim, auquel
la façon dont son bord
est roulé ou rabattu
donne ces quatre
différents aspects.
les coins, vous faites ensuite je ne
sais quoi, et cela vous donne une
cocotte, puis un petit bateau . . .)
Les chapeaux pliants ne sont pas
inspirés d'un autre principe, seule-
ment vous obtenez soit un casque,
soit un tricorne ou un bonnet.
Très supérieur, en comparti-
ment, à n'importe quel compagnon
266
>*$
de voyage. Toute seule, vous ne
vous ennuyez pas une minute : vous
vous amusez à n'avoir pas le même
chapeau à toutes les stations pour
dire puérilement bonjour par la
portière à Orléans, Marseille et
Nice-Terminus, où je vous quitte,
au bout, vous de votre voyage, moi
de mon article. T7
Vaudreuil.
Chapeau pliant en taffetas
coulissé, transformable,
retroussé ou baissé, ou
bien relevé et serré du
haut comme un bonnet
267
LA CITROËN ET LES SPORTS
LE GOLF
10 HP. TORPÉDO-LUXE
268
POUR
MONSIEUR
Cantine en argent incrusté d'onyx.
Porte montre en onyx.
cui/Um
CANTINES D'AUTO
J A plus fragile main de chair (et la plus charmante aussi) —
qui n'est, d'ailleurs, paraît-il, qu'assemblage provisoire de
cent millions de cellules nerveuses fort peu intéressantes par
269
Cantine en galuchat gris ; gland
japonais en soie bleue. Intérieur doublé
en soie bleue et cuir blanc bordé bleu.
Trousse en argent, ivoire et cristal.
270
elles-mêmes — frottée d'une seule goutte d'essence, mais
produite par la macération de tout un jardin de roses, portant
au doigt, sur un fil d'un métal blanc : le platine, cent mille
tonnes de charbon de terre résolues au bout de cinq fois mille
ans sous la forme d'un petit diamant aussi beau qu'une goutte
d'eau . . . c'est un peu pour que cette main puisse caresser
l'ivoire, l'écaillé, l'ébène, l'onyx et le galuchat, que Dieu mit,
là où il vit, le monstre pachyderme ; sur les grèves baignées
d'écume, je suppose, la tortue géante ; dans la forêt équatoriale,
sauf erreur, le bois noir, dur, inattaquable ; et je ne sais, de
vrai, en quels lieux, la pierre colorée comparable à l'agathe,
et l'animal, dont j'ignore le nom, donnant ce cuir verdâtre
et bigarré qui ressemble, plus fin cependant, à la peau du
crocodile.
Vous n'allez pas chercher si loin, emportée dans votre
auto . . . Autour de votre cou : la peau écorchée d'un animal
sauvage ; au-dessus de votre tête : le plumage arraché d'un
oiseau ; à portée de votre main : ce petit nécessaire : votre
cantine, cet élégant cimetière où l'on peut voir, rangées avec
ordre comme dans un musée, diverses curiosités de l'Histoire
Naturelle. Celio.
POUR
MADAME
Cantine en ébène. Monture
argent avec filet en émail bleu.
<D8 m V.
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NOLHAC
/&* u*
1 Ce
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ARMORIAL DES ÉCRIVAINS FRAN
ÇAIS-DE QUELQUES ACADÉMICIENS
BIEN CHOISIS
QUE le dernier venu passe le premier ! Voici Monsieur de Nolhac qui
gouverne les musées de Versailles, qui est le gardien des plus nobles
mémoires, qui écrit l'histoire avec abondance et qui est légitimement de
l'Académie Française. Sa famille, en Auvergne et en Bourbonais, porte
" d'azur à la nef antique d'or sur un flot d'argent." Avant d'arriver aux
premiers honneurs de la littérature officielle, la maison de Nolhac occupa
un rang très élevé dans la confiserie a Vichy. Il y a une trentaine d'années,
un Monsieur de Nolhac faisait sur le vieux-parc d'excellents sucres d'orge
avec d'autres douceurs. Sans déroger, il inscrivait ses armoiries sur des
boîtes élégantes. Sa maison a disparu vers 1 900 : cent ans civière ; cent
ans bannière !
♦
Auvergnat aussi, était le baron de Barante et même de Thiers, la ville
où se font les meilleurs rasoirs du pays de France. Baron de l'Empire, pair
de la Restauration, Académicien en 1828, Barante était né Brugières et
prétendait remonter à Jean Brugières, marchand puis receveur des Cens,
brûlé vif à Issoire en 1526 au titre d'hérétique. L'académicien a laissé
275
des livres célèbres que personne ne lit : son
Histoire des ducs de Bourgogne a le style et
l'agrément d'un feuilleton de la bonne époque.
Cette famille a changé quatre ou cinq fois
d'armoiries. Nous reproduisons les plus ancien-
nes qui sont aussi les plus modestes.
L'empire avait donné au futur légitimiste
un règlement neuf d'armoiries " d'azur à la
croix pattée d'argent, à la Champagne de
gueules."
Les Brugières, avec ou sans Barante, ne
peuvent pas être rattachés à l'ancienne famille
Brugier, de St~Flour.
Thiers et St-Flour? ce serait trop ! . . .
BARANTE
La maison Cléron d'Haussonville sortit de l'ancienne chevalerie de Lor-
raine n'ayant donné aux belles lettres qu'un grand louvetier de France,
mais ayant pris femme dans la famille de Broglie. Elle servit aussi l'Em-
pire avant d'être servie par la Restauration. Le premier académicien, car
ils furent deux, était le fils du comte de l'Empire, chambellan de Napoléon,
qui passa au service de la Restauration avec le titre de comte-pair héré-
ditaire et mille avantages.
Le second académicien, marié à une d'Har-
court-Olonde, appartenait à ce groupe du Grand
Salon, dont il est plus facile de citer les titres
héraldiques que les titres littéraires.
Les Haussonville aspirent à une parenté avec
S* -Bernard et portent les armes réglées sous la
Restauration " de gueules à la croix d'argent,
accompagnée de 4 croix tréflées du même. Sur
le tout, de gueules chargé de 5 saffres (aigles de
mer) d'argent posées en sautoir." Notre dessin
donne un écu plus ancien.
HAUSSONVILLE
274
Tous les académiciens n'ont pas servi les
régimes successifs ; en voici un qui ne se prêta pas
à deux maîtres : Bonald était du Rouergue, où
sa famille établit sa filiation depuis 1597. Ce
puissant génie enraciné dans la tradition avait
ébloui l'Empereur, son adversaire , au point que
Napoléon lui offrit le gouvernement du Roi de
Rome. Bonald refusa et attendit le retour de son
roi. Vicomte par ordonnance de 1825, il fut créé
baron-pair sur institution de majorât en 1824.
Il entra à l'Académie Française en 1850, laissant
parmi ses fils un prêtre, qui devint cardinal-
archevêque de Lyon. Ce digne prince de l'Église
puisait ses mandements dans l'œuvre de son
père, ce qui faisait dire aux Lyonnais, pieux mais malins : " Gloria patri ! "
Les armes anciennes des Bonald sont " d'azur à l'aigle éployée d'or."
La Restauration les modifia ainsi: écartelé; au 1 et 4 d'azur à l'aigle d'or;
au 2 et 5 d'or au griffon de gueules.
BONALD
Après l'ultramontain, on passe au chef du parti catholique libéral, Mon-
talembert, membre héréditaire de la Pairie en 1855, membre de l'Acadé-
mie en 1851. Il était né à Stannor en 1810. Son auteur, marié à une
Demoiselle Forbes, était entré comme cornette dans l'armée anglaise, y
était parvenu au grade de colonel en 1811, avait gardé les mêmes galons
français en 1814 et avait reçu les honneurs de
la pairie en 1819.
L'académicien appartenait à une ancienne
famille de chevalerie du Poitou qui, du treizième
au vingtième siècle, a donné quinze branches
avec beaucoup de rameaux. Tous portent u d'ar-
gent à la croix ancrée de sable."
♦
Monsieur de Fontanes ne se piquait d'unité
ni dans la vie, ni dans les croyances. Il voulait
simplement appartenir à une famille d'Alais,
passée en Suisse, après les guerres de religion.
275
MQNTALEMBERT
*l h
■-■::\
FONTANES
comme protestante. Il était de foi tiède et inopé-
rante quand il devint comte de l'Empire en i 808.
Il afficha du catholicisme quand une Ordonnance
royale de 1817 l'eut fait marquis. Son existence
s'est employée à écrire, et à collectionner les
titres et les qualités : Membre de l'Institut,
Président du Corps Législatif, Grand-Maître de
l'Université, membre du Conseil privé. Il mou-
rut en 1821 et fut vite oublié sous une pierre
tombale, parée du fier écu de "sable à la fon-
taine d'argent ^ au chef d'or chargé de trois
pommes de pin d'azur."
♦
Après ces morts, très morts, voici venir le plus vivant des académiciens,
journaliste, romancier, auteur dramatique, gentilhomme normand fixé
dans la Lozère.
Monsieur Ango de la Motte -Ango, marquis de Fiers, prend les origines
de sa famille dans Argentan où les Seigneuries de la Motte et de Lezeau
furent érigées en un seul marquisat la dernière année du dix-septième
siècle pour Nicolas Ango. En 1717, la branche aînée a relevé le titre de
marquis de Fiers, après une alliance avec l'héritière des Pellevé-Flers, ce
qui a été confirmé le 14 Juillet 1862 par Napoléon III.
Tels sont les délicats échantillons des émaux
académiques. Un armoriai de l'Académie Fran-
çaise formerait un gros volume, et les volumes
ne doivent jamais être gros. Il faudrait une
bibliothèque pour étaler les généalogies et pein-
dre les armes de Messieurs les membres de l'In-
stitut. Au surplus ils sont tous gentilshommes
puisqu'ils portent l'épée — l'inoffensive épée, qui
présente le seul danger de les aider à choir, quand
ils succombent sous la gloire et sous les ans.
Jean de Bonnefon.
FLERS
276
De gauche à droite:
Cassia Amara et velours
noir ; petites fleurs de bois
sculptées et laquées; chapeau
en taffetas et copeaux
de chêne d'Amérique.
B
DANS
L E
O I s
LA MODE
A matière demeure et la
forme se perd. Ainsi , les
forêts coupées qui descen-
dirent toutes seules jus-
qu'aux scieries par le fil d'un
fleuve d'Amérique, on en
retrouverait peut-être un
277
Souliers à ta-
lons, bouts de
pied et boucles,
en bois sculpté.
Au-dessus et à droite:
Torsade, bracelets et
peignes, en éhène.
petit morceau d'une des bûches sur
votre pied charmant, maintenant qu'on
taille dans les bois précieux des boucles
de soulier.
Tout dans la nature entre dans tout;
elle n'est diverse qu'en apparence et
envisagée avec la débilité de notre
entendement. Les créatrices de la mode
sentent confusément cela, que l'obsti-
nation de leurs recherches conduisent
278
par rimagiïiation à la philosophie ; et
qui feront entrer demain, si on les en
défie, dans une robe du soir, l'acier étiré,
si beau, et le platine ductile ; et placent
aujourd'hui, avec une simplicité, une
fraîcheur d'inspiration dignes des pre-
miers âges, sur un chapeau de velours,
ces grappes de cassia-amara, tisane
vendue quinze sous le quart dans un
petit sac blanc, chez le beau premier
herboriste.
Caylus.
En haut: Bra-
celets 'et peigne
en bois de rose.
A gauche: Bois
d'amaranthe
découpé et ap-
pliqué sur cuir.
Gros boutons sculptés, en
bois ; et franges de bois
à la robe et au chapeau.
LA SOIRÉE AU THÉÂTRE
HABIT DE COULEUR, SMOKING ET CAPE"PRIOLA", DE LARSEN
280
DESCRIPTION
ET EXPLICATION
DES PLANCHES HORS-TEXTE
ET
PAGES DE CROQUIS
*
PLANCHES HORS-TEXTE
PLANCHE 64. — Une robe et un manteau d'après-midi, de Martial
et Armand, faits pour aller ensemble. La robe est un broché blanc
et argent sur fond de velours noir ; la tunique > ouverte devant, est
bordée de renard noir, Grande cape en velours noir, doublée de loutre.
Pl. 65. — La robe d'après-midi est en crêpe tchina et agnella
bri quêté, deux tissus de Rodier. L'infidèle est habillé, par Kriegck,
d'une jaquette bordée, pantalon gris, gilet droit du bas.
Pl. 66. — De Béer, une robe du soir dont la jupe est toute de
perles teintées sous une dentelle d'argent. Corsage en mousseline
brodée de diamants sur un fond d'argent.
281
Pl. 67. — Robe d'après-midi, de Paul Poiret, en crêpe noir et crêpe
blanc ; ceinture cordonnet et soie ; franges de soie.
Pl. 68. — Costume veston, et pardessus à revers de velours, de
Lus et Befve.
*
Pl. 69 . — Deux robes de Jeanne Lan vin : l'une en crêpe brodé chenille
et argent ; chevrons et cocardes en velours. L'autre, la robe de fillette,
en velours noir et crêpe de chine ; boutons d'argent en forme de glands.
Pl. 70. — Un manteau, de Madeleine Vionnet.
Pl. 7 1 . — De Worth , un manteau et une robe d'après-midi en
crêpe de chine broché or et argent et garni de fourrure.
RECTO DES PAGES DE CROQUIS
CONTENUES DANS CE FASCICULE
(Modèles de LA GAZETTE)
LES MANTEAUX DU SOIR EN FOURRURE COMBINÉE AVEC
DES SOIERIES DE BIANCHINI ET FÉRIER.
Dans ces huit croquis de capes et de manteaux pour le soir, on
a voulu combiner de toutes les manières les fourrures, les velours,
les lamés, les satins. Pour la partie "soierie" de chacun de ces
modèles, on s'est inspiré uniquement de tissus de Bianchini, dont les
Matelassés modernes, notamment, épais et moelleux, parfois mélangés
d'or et d'argent, ajoutent à la richesse des fourrures précieuses.
282
VERSO DES PAGES DE CROQUIS
(Modèles de LA GAZETTE)
N° I. Jarretières et jarretelles. — Fig. 1, Autant de boucles
de ruban que de lettres au nom de celle qui les porte (lettres perlées). —
2, ruban élastique noir bordé de strass, boucle de strass. — 3, ruban
élastique, fermoir et coulant en argent. — 4, une petite chaînette fine
terminée par une médaille s'enroule autour du ruban. — 5, plaque
d'identité en or gravé, fixée à la jarretière par deux fils d'or. — 6, petites
plaques d'or émaillées fixées à distances régulières sur le ruban
élastique. — 7, 8, 9, pour bas de laine, la première jarretière en drap
découpé ; la seconde en élastique blanc formant entrelacs sur élastique
noir ; la troisième en daim, un élastique noir passant dans les bouton-
nières. — 10, jarretière portant une devise, l'autre jarretière peut porter
une devise différente, complétant, précisant ou bien contredisant la
première. — 11, jarretelle soie et petits diamants. — 12, jarretelle
monture or, coulant gravé.
*
N°II. Éventails. — Fig. i, Dentelle d'or. — 2, paradis noir,
miroir incrusté dans la monture d'ivoire de l'éventail. — 3, éventail
en plumes, chaîne de perles venant s'attacher au bras. — 4, plumes
d'autruche, manche caducée d'écaillé renfermant un nécessaire à
fermoir. — 5, éventail en plumes de paradis blanc, poignée de jade,
cordelière enroulée au centre, en métal, et gland de soie.
*
N° III. Souliers, modèles de pérugia. — Fig. 1 , Soulier de chasse,
tige en chevreau, empeigne et contrefort en box-calf acajou, double
semelle. — 2, pour monter à cheval, un soulier en chevreau gris. —
3, soulier bas, en crocodile acajou, — 4, soulier en cuir rouge, pour
la marche. — 5, pour la marche également, un soulier en cuir jaune
et daim blanc.
*
N° IV. Le bouton dans la mode. — Fig. 1, Grand bouton de
faïence décorée à la manière des vieilles assiettes ; le bouton se coud
par deux trous , le fil passe , comme ferait un lien , sur la tige de la
fleur. — 2, fruit de faïence décoré de couleurs vives : vert et rose, par,
exemple. — 3, bouton bombé en forme de couvercle de soupière —
en faïence décorée. — 4, coque de noix laquée en noir, int/pieur
285
doré. — 5, bouton très gros, unique, en ivoire, formant médaillon ou
reliquaire. — 6, dé de cristal, taillé et peint.
*
N° V. Les cannes pour dames. — Fig. i , le manche en or, monté
sur une charnière, s'ouvre et contient une éponge imbibée de parfum. —
2, manche en ébène. — 5, canne à musique, en céramique et platine:
on appuie sur le bouton et ça vous joue un petit air. — 4, en ivoire. —
5, éléphant lance-parfum monté sur une canne, l'éléphant est en ivoire
et or. — 6, manche de canne en argent et émail, s'ouvrant et formant
reliquaire. — 7, coquillage en vraie coquille permettant d'entendre,
à la campagne, le bruit lointain de la mer. — 8, manche mirliton, en
bkmbou, tout enrubanné de ruban de toile cirée.
N° VI. La plume de basse-cour. — Fig. 1 , toque couvrant les
oreilles et collier de faisan ; motif de plumes partant du cou. —
2, plumes de coq au cou et au manchon. — 3, peigne avec franges
de plumes tombant sur la nuque. — 4, minoche de pintade ou de poule
garnissant un col noué et des poignets. — 5, éventail et coiffure en
faisan blanc de Chine.
N° VIL Boucles D' oreilles. — Fig. 1, Dieu Civa : le cercle en
or, le dieu en corail, le gland en fil de soie. — 2, hippogriffe (art
assyrien) or et perles ; un cordonnet de soie tenant à la boucle d'oreille
se noue, d'une part, sur le cou, par deux perles réunies par une agrafe,
et, d'autre part, retombe, terminé aux deux bouts par une perle. —
3, la Comédie, en corail, et la Tragédie, en jade. — 4, le Soleil de Minuit,
en or. — 5, Savastica est un signe cabalistique, porte -bonheur, par
conséquent venu des Indes ; en or incrusté de pierres précieuses.
*
N° VIII. La fleur artificielle. — Fig. 1 , signet de livre en
ruban, une fleur à chaque extrémité. — 2, en boutons et garnissant
l'élastique qui tient le gant. — 3, bracelet de myosotis sur un ruban. —
4, très petites fleurs, ou pétales, entourant la montre et garnissant
de chaque côté les soufflets du sac. — 5, coiffure et éventail, en
primevères. — 6, un bouquet de violettes de Parme que l'on porte à
la main, et qui s'ouvre, contenant une glace et une houppe à poudre. —
7, 8 et 9, fleurs en pompon de souliers ; sur un soulier en lamé d'or,
des rubans cousus de boutons d'or.
< ("*$4li i
LA CAPE ADMIRABLE
ROBE ET MANTEAU, POUR L'APRÈS-MIDI, DE MARTIAL ET ARMAND
V° 9 de La Gazette
Année 1922. — Planche 64
"TANT DE CHAGRIN..."
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L'INFIDELE
ROBE D'APRÈS-MIDI, EN CRÊPE TCHINA ET AGNELLA, DE RODIER
JAQUETTE BORDÉE, PANTALON, ET GILET, DE KRIEGCK
W° 9 de La Gazette
Année 1922. — Planche 65
N° 9 de La Gazette
Année 1922. — Plandie 66
"AU REVOIR, MON AMOUR...
ROBE D'APRÈS-MIDI, DE PAUL POIRET
n
H° 9 de La Gazette
Année 1922. - Planche 67
DEUX COUPS DE CHAPEAU
COSTUME, ET PARDESSUS, DE LUS ET BEFVE
N° 9 de La Gazette
Année 1922. — Planche 68
35
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PORTRAIT DE Mme V. R. ET DE SA FILLE
ROBES, DE JEANNE LANVIN
N° 9 de La Gazette
Année 1922. — Planche 69
***^i*^ta8s«jtfctajiÉMiï,
TNAYAMT 22
UN MANTEAU, DE MADELEINE VIONNET
N° 9 de La Gazette
Année 1922. — Planche 70
SYMPHONIE AUTOMNALE
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MANTEAU, ET ROBE D'APRÈS-MIDI, DE WORTH
N° 9 de La Gazette
Année 1922. - Planche 71
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HERMINE ET
VELOURS IMPRI
MÉ ET LAMÉ DE
MÉTAL
TISSU DE BIANCHINI
N° 9 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° I
JARRETIÈRES ET JARRET E L L £
LOUTRE
ET VELOURS
IMPRIMÉ
TISSU DE BIANCHINI
\
1*
' N° 9 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N° II
ÉVENTAILS DE PL U M E S , DENTELLES, E T C.
LOUTRE
ET BROCHÉ ET
LAMÉ
TISSU DE B IANCHIN I
N° 9 de La Gazette
Année 1922, -Croquis N° III
LE SOULIER
MODÈLES DE P ER U Ç / a
FIG4-
FIG-3
ZIBELINE
ET MATELASSÉ
DE SOIE
TISSU DE BIANCHINI
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N° 9 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N° IV
L E
BOUTON
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L A
MODE
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HERMINE
ET SATIN
LAMÉ
TISSU DE BIANCHINI
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AT 9 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N" V
LES
CANNES
POUR
DAM E S
/*?y c* ,
HERMINE
ET MATELASSÉ
MODERNE
TISSU DE BIANCHINI
^3¥T
N° 9 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N° VI
LA PLUME
D E
BASSE
COU R
ryz
PETIT GRIS
ET SATIN
BROCHÉ
TISSU DE BIANCHINI
AT 9 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N° VU
LES
BOUCLES
D
OREILLES
/
HERMINE
ET LAMÉ
ARGENT ET OR
TISSU DE BIANCHINI
N° 9 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° VIII
—
EMPLOIS DE LA FLEUR ARTIFICIELL E
•r\i
TA fourrure? Tu es prête?.. Tu es très bien ainsi... Que dis-tu? Un
peu d'odeur sur ton manteau? Hâte-toi... Je ne veux pas arriver dans
l'encombrement... l'auto ne pourrait plus approcher... C'est entendu, les
matches préliminaires ne sont pas très intéressants mais on ne trouvera^^lfaîs vMtfy
285
Copyright December 1922, by Lucien Vogel, Paris.
%
*«»** w
ses places... Et puis je compte beaucoup sur Musset... Musset deviendra
un boxeur excellent... Parmi les jeunes c'est un des plus rapides... Je veux
le voir ce soir...
La porte se ferme à l'intérieur du home à la chaleur sèche et mécanique.
L'épouse descend les marches tapissées, en ajustant sous la fourrure une
" pression ", joi.nture d'une robe arthritique qui se disjoint avec un petit
craquement. L'auto, un instant lumineuse, dévale dans la nuit. Un quartier
moins connu : un halo signalant l'approche d'un cirque 5 un foule qui
ondule. Fête ou meeting ? Jeux ou colère ?.. Quel peuple ! on n'a pas cela
au théâtre...
Loges. Fauteuils. Galeries. Des flèches, des écriteaux, des chiffres
majuscules, précisent l'anatomie de l'arène. Une canne de verre, suspendue
mystérieusement, filtre une lumière décomposée sur le vaisseau carré où
les hommes vont s'affronter. Tout autour, la mode a disposé une houle de
robes multicolores. Les hommes nus n'ont pas encore paru : alors on regarde
les femmes habillées. Elles avancent lentement entre les chaisses, sous
l'offensive des yeux et des globes électriques. Les regards jettent des rayons
perçants et les lampes à arc bandent des flèches lumineuses sur les corps
mous. Les initiées appellent les robes du nom de ceux qui les mirent au
monde :
— C'est de chez X... Tout le monde la porte. Tu vois, il y en a au moins
trois dans la salle... J'ai bien fait de ne pas la commander. Tandis que
mon modèle, cette Salomé triste, on ne la voit pas... '
Monsieur s'assure, en mettant quinze cents ou deux mille créatures dans
son iris, qu'il n'y a pas d'autre Salomé triste dans le cirque. Houle plus agitée
autour du vaisseau : Deux corps sur le pont quittent les bastingages et
s'approchent. Engagements. Bruit mat. Murmures et sifflets. Halètement
de la foule qui parfois semble n'avoir qu'un immense poumon pour respirer.
Un visage saigne. Un corps souffre, puis s'effondre. Le mauvais cœur de
l'arbitre scande dix pulsations. Coup de gong : un vainqueur est né.
— Tu vois là-bas ... au pied de l'estrade, Jeanne . . . Elle a un modèle de
chez Amarillis... et à côté d'elle, c'est justement le mannequin de chez
Amarillis, mais avec un autre modèle : celui que Marnac porte en ce moment
aux Variétés... Une Australienne l'a commandé devant moi... Je la trouve
courte de taille... Mais Jeanne peut supporter cela : ses jambes sont...
286
AU CIRQUE DE PARIS
MATCH DE NUIT
HABIT, DE LUS ET BEFVE
*87
Le silence coupe les jambes de Jeanne. Les vedettes, par qui les fauteuils
sojit à dix louis, paraissent : rose et noir... Des coups. Une danse cruelle
et sans mesure. Le noir est inquiet d'abord : il y a tant de blancs dans la salle
qu'un coin de son âme tremble encore.. . puis il se rassure et devient plus fort.
Les cinémas avalent tous les gestes jusqu'aux miettes. Le blanc s'essoufle,
saigne, s'écroule. Le peuple hurle, siffle, trépigne. Le blanc est vaincu.
— Eh bien, ton champion. C'est tout cela ?.. Tiens, à l'angle du ring,
près du manager, voilà Marthe la couturière avec son grand duc... Tu sais,
maintenant, on devrait nous montrer des mannequins après les boxeurs,
des modèles concurrents deux à deux. Du noir et du blanc, du jaune et
du mauve, du rouge et du vert, des couleurs qui se heurteraient pour de
bon et feraient hurler.
Gérard Bauër.
La pelisse et le pardessus à
col de castor dessinés sur la
première page de cet article,
ainsi que le mac-farlane ci-
contre, sont de Lus et Befve.
■ •' -"•<;
'&a uiù
Wiill'î À!
m
I * WHM't Ui ftMl.
L E %. ^
GORGE
RETTES
lira*:
Cl j'étais maître d'école, je montrerais
à mes élèves, au lieu de cartes
médiocres et d'oiseux barèmes — je
leur montrerais des robes. Je rêve,
d'ailleurs, d'écrire un manuel d'éduca-
tion civique et un copieux ouvrage
où des gravures de modes remplace-
raient les développements, un peu
longuets, du discours sur l'Histoire
Universelle.
Croyez- vous qu'on ne comprendrait
pas mieux qu'avec Monsieur Thiers
l'histoire des Campagnes de l'Empire
et de la Grande Armée sans
cesse en marche à travers
289
l'Europe, à regarder ces robes
légères, enlevées en un tourne-main
et si bien faites pour des militaires
toujours un peu pressés ? Et les
fichus Louis XVI, où s'inclinent
déjà tant de cous charmants et
d'adorables nuques, vers la rouge
machine? et les robes de 1880,
boutonnées jusqu'aux oreilles,
cuirassées d'une robuste " tournure'"
n'indiquent-elles pas assez une
génération qui se recueille après
des malheurs ?
Aujourd'hui, on vient me parler
gorgerettes. Tout de suite, je pense
au romantisme, à tous ces chevelus
de 1830 qui compliquaient leur vie
comme à plaisir, mettaient sans
cesse le Ciel et l'Enfer au travers
de leur existence, accumulaient les
cas de conscience, enroulaient les
jambes délicieuses de leurs amies
dans des madapolams empesés, et
tendaient sur leur gorge des voiles
épais où se piquer les doigts.
Grâce à Dieu, notre siècle a
marché et le Progrès n'est pas
un vain mot. Les repasseuses ont
perdu le secret de l'empois. Si
290
nous adoptons derechef les modes
d'autrefois, c'est pour les accomoder
à nos façons, comme ces petits
bahuts du dix-huitième qui cachent
les tuyaux d'orgue du radiateur.
Pour défendre un cœur qui
veut rester fidèle, point n'est
besoin de corsets, de guimpes et
de vertugadins. La vertu, toute
nue, suffit — et d'ailleurs si par
miracle on s'avisait de nous opposer
)e ne sais quels obstacles, nous
avons appris, pendant quatre ans,
à mépriser les défenses accessoires.
Ainsi donc, nous re verrons les
gorgerettes, mais faites pour nous,
transparentes, floues, aériennes,
réduites à rien, parfois à un nœud
de velours autour du cou, simple
souvenir du passé comme le hausse-
col des grand-pères leur rappelait
la cuirasse. D'autres glissent sur de
blanches épaules, quand une sainte
indignation secoue nos chères
amies ; les unes sont pudiques et
referment leurs ailes légères sur
de jeunes poitrines, les autres s'en-
trouvrent et nul ne prend ombrage
de leurs bâillements ; celles-ci sont
291
strictes et classiques ; celles-là sont ornées de larges nœuds
ou fleuries de dentelles ; mais toutes elles se soulèvent au
rythme d'un tendre cœur qui bat.
Et si, d'aventure, on nous abandonne une main, rose et
nacrée, nous pourrons à loisir admirer avec quel art les
dentelles de la manchette s'assortissent à celles du col. De
là à étudier de très près la gorgerette, il n'y a qu'un tout
petit faux-pas.
Robert Burnand.
292
Sfttftft %
FLACONS
' essence de rose doit être contenue en un cristal limpide
comme l'eau et comme elle incolore , sans ornement. Il
faut donner une impression de fraîcheur faisant penser à la
rose trempant, sur le rebord d'une fenêtre, un matin de
printemps, dans un verre d'eau.
Je voudrais que le flacon dans lequel j'enfermerais l'œillet
fort fût strié de raies brunes, jaunes et orangées comme les
rayures d'une robe bohémienne ; ou bien je l'habillerais de
293
cordelières et de pompons
comme une mule espa-
gnole ; ou bien je le ferais
entrer à force dans une
mince armature de fer
forgé imitant un balcon.
Dans un vase effilé,
fragile, que briserait le
moindre choc, que ren-
verserait le moindre geste,
je verserais le lilas. Le lilas
est le symbole de l'amour
aux premières années de
la jeunesse, quand on a de
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TOUJOURS OUI
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SUR MON CŒUR
294
TENDREMENT UNIS
CORBEILLE FLEURIE
si beaux élans et quand
on répand tant de larmes.
Tandis que la violette,
au contraire, dans un
verre aux proportions
pleines de sécurité, re-
présenterait l'amitié et,
moins haute, reposerait
sur des assises moins
précaires. Préfère cette
dernière qui voudra! Mon
cœur et moi, tant qu'il y
aura des lilas la violette ne
sauraj amais nous séduire.
LA CITROËN ET LES SPORTS
L'AVIATION
10 HP. TORPÉDO-SPORTS^^^^
296
* ir; &
# i*yfit
FETES DANS LE CIEL
IMPRESSIONS
NAPOLITAINES
Voyager en Italie, sans amour, est un grand malheur.
Je me souviens avec ennui d'un séjour à Venise que
je fis avec le cœur vide: la pluie frappait tristement le
felze de ma gondole (Ah ! que l'on est seul dans ces boîtes
resserrées/inventées pour rapprocher les amants), tout était
gris, couleur d'algue et de limon. Maussade était la lumière sur la lagune, quand
l'eau s'irise comme les verreries de Murano, où tremble dans la pâte translucide une
goutte d'absinthe prisonnière.
A Naples, je fus plus heureux : Serafina se promenait parmi les ruines de Pompéi
et son cicérone nous servit de truchement. Je hais cette engeance affamée, plus
redoutable ici qu'ailleurs. Pareils à des termites, les guides surgissent des trous où ils
sont embusqués pour accabler le voyageur inoffensif . Leurs commentaires indigestes
enlaidissent les plus belles œuvres et gâtent les plus beaux sites.
Les maisons pompéiennes sont fermées : pour faire tomber les chaînes et ouvrir
les cadenas qui protègent les peintures ou les mosaïques, il faut apprivoiser chaque
gardien. Ils adhèrent aux œuvres d'art comme des limaçons et aggravent les simulacres
libertins par des propos dépourvus de gentillesse. Le guide de Donna Serafina était
un magnifique spécimen du genre. Je n'ai pas connu le Connétable de lettres, Barbey
d'Aurevilly, mais je le recrée à l'image de ce vieux beau : un chapeau morès protégeait
des yeux vifs, un nez crochu et de longues moustaches teintes ; la tige des bottines
était du gris le plus suave, gris aussi le pantalon à ganse noire et la tige des souliers
vernis (si pointus et si fatigués). Je ne veux pas oublier, sur un gilet clair, l'or des
breloques et le carmin des coraux qui protègent contre le mauvais œil, ni le jonc à
pomme d'or serré d'une main sèche couverte d'énormes camés sertis de faux diamants.
Cet étonnant cicérone, pareil à un vieux matou encore galant, me voyant démuni des
renseignements indispendables me convia à les joindre. Je le fis volontiers, pour l'amour
297
de cette longue jeune femme gainée de noir,
et blonde, de ce blond hâlé et roussi si précieux
dans les pays de lumière ardente.
Donna Sérafina cherchait aventure. Les
ruines attirent les amoureuses ; elles viennent
y respirer les parfums des plaisirs défunts, pareilles à ces papillons
qui butinent parmi les tombeaux. Mon amie avait aussi des papillons,
les grands yeux sombres relevés du coin (sur ses ailes l'argus en porte
d'identiques, cernés d'un large halo noir) ; les siens à l'ombre d'un
petit voile, attaché au tricorne comme un masque, provocant à la
fois et gentiment funèbre, semblaient sous la dentelle prisonniers
d'un filet.
Je ne sais lequel de nous deux fit la conquête de l'autre, mais d'un
commun accord, nous primes le circumvesuvio. Cette jeune femme
avait quelque part, à Milan je crois, un vieux mari qui lui gagnait
de l'argent ; elle aimait les souvenirs du passé et s'en servait pour orner
de fugitives amours. Les nôtres furent d'autant plus vives, qu'elles
devaient durer quelques jours seulement ; tout mon voyage fut embelli
par cette liaison éphémère.
Comment résister à l'enchantement de Naples ; le ciel est si doux
et la nature si persuasive. On ne saurait se refuser aux désirs, à peine
reste-t-il la force de les choisir. Aux portes des hôtels, les guides
harcèlent les voyageurs ; ils égrènent tout le chapelet des amours
coupables, leur insistance est telle, et la facilité, qu'ils découragent
la curiosité et affadissent les plus secrètes délices. Ainsi faisait le cocher
qui saluant de son fouet d'assez belles filles, nous disait ingénument :
"'Si vous voulez, seigneur, ce soir, cette femme est à vous. " Hélas !
le désir est une petite flamme qu'il faut surveiller avec vigilance, on
l'éteint à trop souffler dessus. Caprice est mon maître, et je prendrais
volontiers pour armes parlantes, cette peinture pompéienne où l'on
voit un char fait d'une coque de noix ; des abeilles le traînent et un
papillon tient les rênes : coquille de noix, abeille et papillon, ces trois
emblèmes me conviennent assez
♦ ♦
C'est à Sérafina que je dois d'ainïer l'art jésuite. On appelle ainsi,
vous le savez, le style rocaille choisi par les bons pères, auXVIIIème
siècle, pour construire leurs églises en Italie et en Espagne. Elles
ressemblent avec leur élégance exubérante et leur profusion somptueuse,
à des duchesses en grand habit, immobiles sur leurs tabourets de
cour, surchargées de rubans et de plumes. A l'intérieur, ce ne sont
que tentures de marbre diapré, pavages précieux ocellés comme la
298
V
£
queue des paons et boiseries plus découpées que des dentelles. Dans
l'ombre dorée, on voit passer des moines cérémonieux et de gros abbés
pantagruéliques qui pincent le menton des pénitentes et donnent leurs
mains à baiser. Cet art là, je l'appelle fêtes dans le ciel, tant son
déploiement de formes mollement arquées, tant ses volutes, ses toits
ornés des pyramides, de boules, d'amphores, s'apparentent aux jeux
des nuages, au balancement des palmes, au gonflement des voiles
océanes dans un ciel d'apothéose à la Véronèse . . .
. . . Ces cieux suavement mouvementés et qui se font tour à tour
bouquets de plumes coiffant le Vésuve, plis onduleux de rideaux
que le vent soulève autour d'une couche royale , ou rides suaves
venant expirer au bord des plages de l'éther.
Comment rendre l'agrément des maisons de plaisance, construites
avec un désordre charmant, avec une négligence accomplie : ces
cubes roses, bleus, jaunes, couleur des gélati, flanqués de perrons
baroques, de balcons comiquement pansus, fendus comme des grenades,
pour laisser voir les escaliers entortillés. Tout cela est gai, spirituel,
joli et si éloigné des confortables maisons modernes, hideusement
roides et guindées. Rien n'est plus sinistre que les faubourgs de
Londres avec ces rues où le même cottage se répète indéfiniment,
flanqué d'un jardinet enfumé. On ne peut voir ces demeures
symétriques, sans imaginer, derrière les " Windows", le bleu regard
d'une fillette que la consomption dévore, et la mélancolie. Ici tout est
préparé pour l'agrément d'une vie molle, larges murs, dalles fraîches,
stores épais ; sur la maison riante une feuille de palmier déploie son
éventail et l'on s'attend à voir paraître à la fenêtre Inès ou Casimire,
l'héroïne d'une farce moliéresque.
♦
-V
Sérafina et moi, nous nous promenâmes dans les ruelles
pouilleuses qui montent vers San Martino ; des enfants nus se
roulaient à terre parmi les écorces des oranges et des pastèques,
mais les portes vermoulues laissaient entrevoir des jardins
paradisiaques, étouffés sous une chevelure emmêlée de roses,
de lys et de tubéreuses. Sur le seuil apparaissaient de belles
filles effrontées : elles sont charmantes, ces jeunes napolitaines,
avec leur cou onduleux, leur teint mat, et ces cheveux en
grappes qui les font ressembler au faune Barberini. Leur jeunesse
est éclatente et elles se hâtent de la cueillir; plus tard, épaissies,
noires et criardes , ce sont les affreuses matrones dont se moque
Martial.
Au haut de la colline, nous déjeunions devant ce paysage si
beau, bien que profané par tant de méchaptfr-TI tres^ Valeatico,
299
■
le ravello, ou le vesuvio, coloraient nos idées. Les soldats du fort nous souriaient d'un
air complice et aussi les gardiens du Musée. Les galeries sont un peu ennuyeuses,
mais désertes. On y voit une salle pleine de miroirs gravés, couleur d'eau, de lune
et de fumée. Nous y admirions des nègres , des chinois , des marquises et des
vendeurs d'orvietan avec leurs masques, leurs plumes et leurs parasols, croyant
vivre un rêve au cœur d'une bulle de savon.
Le soir, en amoureux, nous rodions dans les ruelles sombres où les portes éclairées
révèlent les secrets du peuple napolitain. Nous nous arrêtions devant l'étal des
marchands de limonade étincelant de lumières , avec leurs guirlandes de fruits et de
feuillage plus beaux que les Délia Robbia. Dans T'ombre des églises nous devinions
des formes enfantines frileusement blotties autour d'un feu de tisons, sur les dalles de
petites silhouettes paraissaient dormir, mais leurs grands yeux nous suivaient au
passage.
Plus tard, une voiture nous promena tout le long du golfe de Salerne et nous
avons évoqué le Comte d'Orsay , en calèche , enfoui dans les plis neigeux d'une
crinoline.
Des gamins jetaient des roses sur nos genoux, le ciel brûlait doucement et nous
suivions les gracieux méandres de la route, au pied des collines pareilles à des corbeilles
débordant de citrons, mais déjà nos cœurs n'étaient plus que cendre.
" Dans cette vie il y a heureusement autre chose que le bonheur " n'est-ce pas
Madame de Maintenon qui dit cela. Je l'ai répété après elle. Sérafina m'a quitté
devant les ruines de Poestum. Je l'ai dit, elle était un peu romantique ; et puis, elle
monta vers Gava retrouver une sœur de son mari, ou un autre amant. Nos paroles
étaient tristes, mais nos cœurs demeuraient indifférents.
Des vols de corbeaux traversaient le ciel gris,
poursuivis par des nuages noirs. II pleuvait
par moments. Les temples érigeaient leur
silhouette couleur de miel, d'une substance
précieuse, rongée et sublimée par les siècles,
au milieu des acanthes tigrées et des asphodèles.
Des paons se promenaient avec une lenteur
effarouchée. " Vous m'oublierez vite..." dit
Sérafina.
Ce sont encore des fêtes, ces douleurs qui
passent comme un orage d'été et ces nuages dont
l'ombre palpite sur les paysages pathétiques.
George Barbier.
y"
I /V
LES OISEAUX BLANCS
A partir de Janvier commence à se peupler un tout petit espace bousculé entre
les rochers et la mer, un étroit passage courant comme une rampe blanche
tantôt haut et tantôt bas au-dessus de la mer, s'abaissant et s'élevant sur les flots
comme le vol d'une mouette.
A partir de se mois-là accourent, saisis d'un prurit qui les attrape à époque fixe,
tous les voyageurs de ce monde , qui arrivent par
auto, par bateau, par Citro, et, chaque jour à 13
heures, par rapide. Et ils n'ont pas plus tôt mis pied
à terre que, merveille ! on les voit se mettre en
mouvement sans perdre une minute, arpenter les
uns derrière les autres la promenade des Anglais :
Chaque nouvel arrivant, après avoir sauté sur un
POULE BLANCHE
FAISAN BLANC
\/<
\
FLAMANT
pied pour prendre le
pas, suit les autres. Et
quand, arrivé à hauteur
de Négresco, il y en a un
fait volte-face pour re-
partir dans la direction
du casino de la jetée...
hop ! vous voyez tout
le monde, qui pivote
docilement. Et s'il y en
a un qui n'a pas fait attention à la manœuvre,
vous ne sauriez croire à quel point il est vexé.
Je connais cela : je l'ai fait moi-même. Mais
j'étais toujours en retard. C'est pourquoi j'ai fini
par renoncer à la Côte d'Azur.
Mais chaque fois que revient la saison d'y aller,
c'est curieux, quelque chose me démange sous le
CATOËS
pied ; et mes épaules voudraient se soulever comme
si elles étaient munies d'invisibles ailes. Le matin
en m'éveillant je fredonne : qui me donnera, colombe, vos
ailes.. . Je sens combien je dois vous paraître ridicule.
Mais je ne peux plus partir. Les génies qui me
tiennent en captivité ont inventé un supplice
nouveau. Figurez -vous qu'ils m'ont enchaîné à un
*ycc
ve
iiVi
■o
CYGNE
ALBATROS
-V
TOURTERELLE ~J/$
encrier monumental
que je suis condamné
à vider au moyen d'un
tout petit porte-plume.
Même en écrivant très
vite, j'en ai encore pour
•trente ans.
Au bout de ce temps
je serais trop vieux pour
reprendre ma place
dans le peloton intrépide qui imite au bord de la
Méditerranée, allant et venant, latéralement, le
mouvement de flux et reflux de l'Océan. Croyez-
vous que moi qui avais déjà de la peine, étant
jeune, à prendre le pas, j'arriverai à temps pour
pivoter, quand j'aurai cinquante ans ?
J'aurai peut-être perdu le goût de la liberté.
Déshabitué de la vie, je refuserai peut-être de quitter ma prison. Qui sait même si, per-
mutant volontaire, je ne demanderai pas comme unique grâce le droit de changer de
cachot pour m'en fermer entre les murs froids d'une prison pire où ne pénètre aucun
bruit du dehors, quand je ferai des démarches pour entrer à l'Académie française.
Je vois bien que je n'irai plus jamais au pays dont parlent les romances et les
films de cinéma, et où se promènent, migratrices fortunées, des dames ressemblant,
vêtues de leurs blanches plumes et du même duvet, à ces oiseaux blancs, albatros,
mouettes, qui s'amusent à tracer infatigablement sur le bleu du ciel, aussitôt effacée,
on ne sait quelle signature de publicité. Vaudreuil.
ARRANGEMENTS
D E
COIFFURES
T Tne chevelure... ce mystère auquel on ne songe pas, cette
moisson poussant hors de nous sa vie étrangère, effrayante,
qui se répand sous une forme rappelant les aspects végétaux . . .
est-ce que vous ne frémissez pas, d'inquiétude et d'une secrète
horreur, quand vous respirez son odeur de sève, quand vous
ensevelissez votre visage dans sa nuit
peuplée de lueurs ?
Elle sent la sauvagerie, la vie primitive,
les temps inhabités où les forêts emmêlées
305
La chevelure est
lissée, aplatie, piquée
à la hauteur de la
nuque d'un peigne
garni de singe.
couvraient le globe , où le pachy-
derme informe n'était autre chose
que la grossière ébauche de la
vie animale, où la femelle de
T anthropomorphe enveloppée
dans les crins s'échappant de sa tête
ressemblait à un buisson de lianes
d'où sortait en un grognement
maussade la respiration de la vie.
Un rang de perles,
entourant la tête,
retient les glands
de coquillage et les
pompons de soie.
Un fil de soie,
autour de la tête,
retient les franges
perlées revenant
sous le menton.
506
C'est pourquoi les femmes,
aujourd'hui, obéissant à un
instinct contemporain des kges
menacés où la race à tout
moment croyait périr, ont
gardé la coutume de tordre
sauvagement leur chevelure ;
et y suspendent, comme des
bandelettes à la statue des
dieux, des fleurs, des bijoux,
la plume des oiseaux, et autres
monuments votifs du même
ordre- Celio.
%*#
Coiffure en forme
de deux cornes
d'abondance ter-
minées de chaque
côté par des fleurs.
La chevelure,
ébouriffée, est
contenue dans
deux mouchoirs
liés. Pendantif
corail et perles.
3°7
Cheveux plats
pris à droite et
à gauche sous
dès petites feuil-
les d'hermine
superposées.
L'HOMME DU SOIR
NOUVEAU MANTEAU DE SOIREE,
KRIEGCK
508 /A^
$** "*<£
DESCRIPTION
ET EXPLICATION
DES PLANCHES HORS-TEXTE
ET
PAGES DE CROQUIS
M
PLANCHES HORS-TEXTE
Planche 72. — Robe, de Béer. La jupe est de breitschwanz , la
blouse en crêpe marocain. Cette robe est accompagnée, quand on
sort, d'une jaquette en breitschwanz garnie de chinchilla.
Pl. 73. — La robe de la jeune mère a un corsage en velours noir
et la jupe en ondée grège à dentelle d'argent. Ceinture en ondée. La
robe de la jeune tante est de marocain vert et mousseline d'argent,
rubans de velours. Chapeau en ruban. Ces deux modèles sont de
Jeanne Lan vin.
3°9
Hiiiiï àri Sâal
%*,<*&
Pl. 74. — De Martial et Armand, une robe d'après-midi en drap
libellule. La ceinture est bordée de deux rouleaux. D'un seul côté,
col-revers en ragondin. Pardessus, de Larsen.
Pl. 75. — C'est une robe du soir, de Worth, en dentelle d'or avec
ceinture de perles ornée de franges de perles.
Pl. 76. — Une cape, de Madeleine Vionnet.
*
Pl. 77. — Robe du soir, de Paul Poiret. Elle est de velours
tissu d'argent, et garnie d'autruche.
rose et
RECTO DES PAGES DE CROQUIS
CONTENUES DANS CE FASCICULE
(Modèles de LA GAZETTE)
Ces huit croquis représentent des robes et des tailleurs dont l'idée
a été prise sur des vêtements de divers ordres religieux. La robe du
moine, le manteau long ou court du prélat ou de l'abbé, l'uniforme
sévère de la religieuse, peuvent inspirer des interprétations originales et,
particulièrement, fournir de très belles et confortables robes de maison.
51e
VERSO DES PAGES DE CROQUIS
(Modèles de LA GAZETTE)
N° I. Ombrelles. — Fig. 1 , manche de bois terminé en bas par
deux pointes ; l'ombrelle est nouée au moyen d'un gros ruban. —
2, Solicula, de Clément XI ; cela servait aux cérémonies religieuses. - —
3, un gros nuage blanc et un vol d'oiseaux blancs brodés en petites
plumes sur l'ombrelle. — 4, manche pliant. — 5, petite ombrelle en
taffetas à volants ; cela se porte au bras, par un anneau ; le manche,
très court, dépasse à peine le volant quand l'ombrelle est fermée.
N° II. Veilleuses électriques. — Fig. 1 , flambeau en cuivre
argenté, permettant, suivant le besoin, d'allumer une, deux ou trois
ampoules. Le socle contient un petit tiroir. — 2, lanterne tendue de
batik sur un pied d'ébène. — ■ 3, marbre ; boule en verre dépoli très
épais. — 4, lampe en verre décoré ; pied en acajou. — 5, étoffe tendue;
pied fer forgé.
N° III. Voilettes. — Fig. 1, voilette pour les yeux, fixée à un
ruban noué derrière le chapeau. — 2, voile court devant et long sur
les épaules, fixé à un ruban bouclé sur le côté du chapeau. — 3, voilette
ronde serrée autour du cou par un ruban passant par deux bouton-
nières. — 4, loup de tulle terminé par une barbe de dentelle. —
5, voilette bordée de gros poids de velours blanc, sauf à la place du
visage ; se noue derrière. — 6, voilette ovale terminée par deux pans
de tulle, que l'on tourne autour du cou pour les nouer sous le menton ;
motifs brodés à la place des oreilles.
Nô IV. L'HEURE. — Fig. 1 , canne dont le dessus du pommeau est
un boîtier contenant la montre. — 2, parapluie ; un volet s'ouvre
dans le manche, et découvre un cadran. — 3, coulant de pendantif
formé par une montre carrée, en or et petits brillants. — 4, ruban
de bras formant petite poche où se place, pour le soir, la montre, au
bout d'une double chaîne retombant en forme de fourragère. —
5, montre-fétiche formant pendantif au bout d'une cordelière.
■ VI )
N° V. Cravates. — Dessins inédits pour des cravates d'hommes.
N° VI. Miroirs. — Fig. 1, miroir à manche; se plie et se porte
comme un face-à-main. — 2, glace-breloque ou pendantif. — 3, miroir
à main enrichi d'une montre (pour celle qui passe trop de temps devant
sa glace). — 4, miroir à main portant une coupe où mettre la houppette
et la poudre. — 5, miroir-montre pour mettre dans le sac. — 6, miroir-
liseuse à mettre dans un livre ennuyeux. — 7, miroir enchâssé dans
la monture d'un éventail.
N° VII. Le soulier, par perugia. — Fig. 1, Cotillon: demi-
botte en chevreau ton sur ton, pour l'après-midi ; on peut la faire en
satin. L'avantage de ce botillon est qu'il crée un compromis entre la
bottine haute et le soulier. — 2, Madrid : soulier haut, en chevreau,
destiné à la marche. — 3, François Ier : botillon en satin, ou en
antilope ; il est muni de crevés laissant voir le bas de la jambe : soulier
de visite. Ces trois modèles sont de Perugia.
N° VIII. Le mouchoir. — Fig. 1 , mouchoir rond, monogramme
très petit au milieu. — 2, mouchoir à pans ; autant de pointes que de
lettres dans le nom. — 5, mouchoir rond ; le chiffre est brodé dans un
carré de couleur incrusté dans l'ourlet. — 4, mouchoir de ménage,
rectangulaire, pouvant servir indifféremment à la femme et à l'homme.
5, le chiffre de ce mouchoir carré est mobile ; il tient à un léger ruban
passé dans une boutonnière ; filigrane très fin. — 6, les jours de la
semaine. — 7, mouchoir double fait de deux batistes de couleur
différentes superposées au milieu ; les pointes de ces deux carrés sont
visibles dans leur couleur propre, tandis que, au milieu, un effet de
transparence donne une troisième couleur, par superposition (ex : bleu
et rose = milieu mauve).
0
312
TETE A TÊTE
ROBE, DE BEER
^ft#** utjjjj-
; À ri .terni.
%
-4
N" W de La Gazette
Année 1922. — Planche 72
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"LAISSE-LE MOI PRENDRE..."
ROBES, DE JEANNE LANVIN
H" 10 de La Gazette
Année 1922. - Plandie 73
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Wmms in Stw
"PAUVRES PETITES BÊTES..."
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LE VOYAGE SENTIMENTAL
ROBE D'APRÈS-MIDI, DE MARTIAL ET ARMAND. PARDESSUS, DE LARSEN
N° 10 de La Gazette
Année 1922. — Planche 74
/<#B '%ï
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ROBE DU SOIR, DE WORTH
W° 10 de La Gazette
Année 1922. - Planche 75
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i à n s$i«t),
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UNE CAPE, DE MADELEINE VIONNET
W° 10 de La Gazette
Année 1922. — Planche 76
LA CENDRE DE LA CIGARETTE
ROBE DU SOIR, DE PAUL POIRET
H" W de La Gazette
Année 1922. — Planche 77
K° 10 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° I
^HM*^
î Ali St)
BÉNÉDICTINE-BERNARDINE
RÉFORMÉE DE PORT ROYAL
(XV II le SIÈCLE)
OMBRELLES POUR L ÉTÉ QUI VIENT
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M° '10 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° II
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ABBÉ ITALIEN (xvnie siècle)
LES VEILLEUSES ÉLECTRIQUES
W° 10 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° III
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IMMACULÉE • CONCEPTIO
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MODE
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VOILETTES
W° 10 de La Gazette
'Année 1922. - Croquis N° IV
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C O M M E N T
PORTER
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N° 10 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° V ,
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CRAVATE
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N° 10 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° VI
MOINE MINIME j
DE ST.-FRANÇOIS DE PAULeJ
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de La Gazette
Se 1922. ~ Croquis N° Vil
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SOEUR BÉNÉDICTE
DE ROME (XVIIÏe SIF.C
;COSTUME DE \ ELT\
L A
SOULIER
PAR
P E R U G I
jtf° W de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° VIII
CHARTREUX
ROBE DE MAISON
L A
LINGERIE
LE- MOUCHOIR
vient de
J.
paraître
ANTOINE
ET
/
CLEOPATRE
Je W. SHAKESPEARE
TRADUIT PAR
André GIDE
ILLUSTRATIONS
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XXIII
LA
ET TOUS
LES SPORTS
LE TENNIS
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